« Nous serons toujours voisins » : un accord Ottawa-Washington reste possible, dit Carney
Le premier ministre du Canada tente de se faire rassurant sur l'avenir de la relation avec les États-Unis..
Le premier ministre canadien Mark Carney a organisé à Toronto un sommet d'investissement réunissant des représentants de fonds souverains, de banques et d'entreprises internationales. L'objectif était de convaincre ces acteurs d'investir 1000 milliards de dollars (1 000 000 000 000 $) dans l'économie canadienne sur cinq ans. Pour attirer ces capitaux, le gouvernement canadien propose des incitations fiscales, c'est-à-dire des réductions d'impôts pour les entreprises qui investissent, et une simplification des démarches administratives, appelée réduction de la bureaucratie. Ce sommet s'inscrit dans une stratégie visant à réduire la dépendance économique du Canada vis-à-vis des États-Unis, son voisin et principal partenaire commercial. Parmi les participants figuraient des représentants de fonds souverains du Golfe (comme Mubadala, ADNOC et DP World), de Chine (China Investment Corporation), de grandes banques internationales (Bank of America, KKR, Macquarie, Carlyle) ainsi que Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique.
Mark Carney a mis en avant les richesses minières du sous-sol canadien comme un atout majeur pour l'économie du pays. Ces ressources, notamment les métaux et minerais stratégiques, sont considérées comme essentielles pour l'autonomie stratégique du Canada, c'est-à-dire sa capacité à produire et contrôler des ressources clés sans dépendre d'autres pays. Le premier ministre a également évoqué un projet de construction d'un nouvel oléoduc, un pipeline, vers la côte Pacifique. Cet oléoduc permettrait de transporter au moins un million de barils de pétrole par jour vers les marchés asiatiques, diversifiant ainsi les débouchés pour le pétrole canadien et réduisant sa dépendance aux États-Unis. Carney a qualifié le Canada de superpuissance énergétique, soulignant son potentiel pour devenir un acteur majeur dans le domaine de l'énergie.
Les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis sont actuellement tendues, marquées par des mesures de rétorsion mutuelle. Le 21 août 2026, le Canada a rompu les négociations avec la Maison-Blanche, accusant les États-Unis de vouloir imposer un accord commercial jugé injuste. Depuis, les deux pays échangent des coups pour coup, c'est-à-dire qu'ils appliquent des droits de douane punitifs sur les produits de l'autre pays. Par exemple, de nouveaux droits de douane américains sont entrés en vigueur peu avant le sommet d'investissement. Malgré ces tensions, Mark Carney a tenu à rassurer les investisseurs et la population en réaffirmant que le Canada et les États-Unis resteraient des voisins indéfectibles, avec des liens profonds malgré les désaccords ponctuels. Il a également exprimé l'espoir d'un nouvel accord avec Washington.
Pour diversifier ses partenariats économiques, le Canada cherche à renforcer ses liens avec l'Union européenne (UE), un groupe de 27 pays. Mark Carney a souligné l'importance d'être connecté à des partenaires fiables, comme l'UE, avec laquelle le Canada a établi un partenariat unique. Il s'est rendu à Strasbourg pour assister au discours sur l'état de l'Union de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et s'exprimer devant les eurodéputés. Ce rapprochement avec l'Europe s'inscrit dans une stratégie visant à réduire la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis. Carney a précisé que le Canada ne cherchait pas à devenir un membre associé de l'UE, mais plutôt à établir une relation de partenaires fiables et complémentaires.
Mark Carney a partagé une anecdote pour illustrer la relation complexe entre le Canada et les États-Unis. Il a raconté qu'en 2025, Donald Trump, alors président des États-Unis, lui avait offert une clé en or en disant : *« C'est une clé de la Maison-Blanche. Tu l'amènes avec toi et ils te laisseront entrer. »* Avant d'ajouter, sur un ton plus sérieux : *« Peut-être qu'ils te tireront dessus. »* Cette plaisanterie visait à souligner les incertitudes de la relation avec les États-Unis, tout en rassurant sur l'accueil réservé aux investisseurs au Canada. Carney a conclu en promettant que, contrairement aux États-Unis, le Canada accueillerait les investisseurs avec bienveillance, sans risque de représailles.

