Bombardier et contre-tarifs : le Québec paie cher
Le Québec doit également faire face à un déclin de sa population active..
L’économie du Québec montre des signes de ralentissement en 2026, malgré l’absence de récession officielle. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : les tarifs douaniers américains imposés depuis le 22 août, qui taxent les importations de biens canadiens, et la baisse de la population active (personnes en âge de travailler). Cette dernière a reculé de 0,2 % en juillet et de 0,3 % en août 2026, réduisant la capacité de l’économie à croître. Les contre-tarifs canadiens, entrés en vigueur dans la nuit du 7 au 8 septembre 2026, visent à riposter aux mesures américaines en taxant 28 milliards de dollars de biens importés des États-Unis à des taux allant de 15 % à 50 %. Le président américain Donald Trump menace également d’interdire la vente d’avions Bombardier aux États-Unis, un marché crucial pour l’entreprise québécoise qui y réalise 56 % de son chiffre d’affaires.
Bombardier, entreprise québécoise emblématique, est directement menacée par la décision de Donald Trump. Les États-Unis représentent 56 % de ses ventes, et l’entreprise collabore avec 2 800 fournisseurs américains, dont une partie importante au Québec. Une interdiction des ventes d’avions Bombardier aux États-Unis aurait des répercussions majeures : l’entreprise devrait réduire sa production, ce qui entraînerait des mises à pied au Canada et aux États-Unis. Eric Martel, PDG de Bombardier, souligne que cette mesure pénaliserait autant les employés québécois que leurs homologues américains, rendant la situation absurde d’un point de vue économique. Bombardier contribue à 5 % de la valeur totale des exportations du Québec, ce qui en fait un acteur clé de l’économie provinciale.
Le marché de l’emploi au Québec traverse une période difficile : 18 500 emplois ont été perdus en août 2026, portant le total à 77 000 depuis le début de l’année. Le secteur de la construction est particulièrement touché, avec 23 000 emplois supprimés en raison de la hausse des coûts. Le taux de chômage reste stable à 5,6 % grâce à une baisse de la population active (personnes disponibles pour travailler), qui a diminué de 1,4 % depuis août 2025. Les heures travaillées ont également reculé de 0,3 % en juillet et de 1,7 % en août. Les économistes de Desjardins qualifient cette situation de quasi-stagnation, avec une croissance du PIB révisée à 0,4 % pour 2026 et 0,9 % pour 2027, contre des prévisions antérieures plus optimistes.
Les contre-tarifs canadiens, qui taxent les importations américaines à un taux moyen de 30 %, auront un impact économique estimé à 4 milliards de dollars pour les Canadiens. Cela représente une hausse moyenne de 170 $ par ménage sans enfants et de 250 $ pour les ménages avec enfants, sur plusieurs mois. Trevor Tombe, économiste à l’Université de Calgary, précise que cette mesure entraînera une augmentation des prix de plus de 1 % sur certains biens de consommation, et de 0,3 % à 0,4 % sur des produits comme les aliments, les jouets ou les biens culturels. Les ménages les plus modestes (gagnant moins de 30 000 $ par an) seront trois fois plus touchés que les ménages aisés (plus de 150 000 $ par an). Le Québec, déjà fragilisé par la guerre commerciale, devrait subir un impact plus marqué que la moyenne canadienne.
Le secteur de la *fabrication*, qui représente plus de 10 % de l’emploi au Québec, est particulièrement exposé aux conséquences des tarifs douaniers américains. Les sous-secteurs les plus vulnérables incluent le bois et le papier, les plastiques, les produits chimiques, ainsi que la machinerie et l’équipement. Ces industries pourraient voir leur embauche ralentir, voire subir des pertes d’emplois en raison de la baisse des exportations vers les États-Unis. Desjardins souligne que cette situation aggrave un contexte déjà difficile, marqué par un déclin de la population active et une croissance économique atone. Les prévisions de revenus autonomes du gouvernement québécois sont revues à la baisse, passant de 4,6 % en 2025-2026 à 3,3 % en moyenne pour les trois années suivantes.

