L’artiste chinois dissident Gao Zhen condamné au terme d’une parodie de justice
L’aîné des Frères Gao, un duo d’artistes très en vue en Chine dans les années 2000, a été condamné à trois ans de réclusion pour des œuvres créées plus de dix ans avant l’adoption de la loi qui a servi à l’incriminer. Le signe d’une justice instrumentalisée pour “imposer la version officielle de l’histoire”..
L’artiste chinois Gao Zhen, membre du duo Les Frères Gao très connu en Chine dans les années 2000, a été condamné à trois ans de prison le 25 août 2026 par le tribunal populaire de Sanhe, une ville située à environ 60 kilomètres de Pékin. Cette peine, qui correspond à la durée maximale encourue pour son infraction, a été prononcée pour atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et des martyrs. Les œuvres incriminées, réalisées plus de dix ans avant l’adoption de la loi utilisée pour le condamner, soulèvent des questions sur l’instrumentalisation de la justice en Chine. Selon le média dissident Minsheng Guancha, cette peine est trois à quatre fois supérieure à celles généralement prononcées dans des affaires similaires, ce qui suggère une volonté de punir sévèrement un artiste perçu comme dissident.
Le procès de Gao Zhen, qui s’est tenu en mars 2026, a été qualifié d’audience secrète d’une journée, sans accès ni pour sa famille ni pour les diplomates américains, malgré la résidence de l’artiste aux États-Unis depuis plusieurs années. Cette opacité du système judiciaire chinois est soulignée par des médias internationaux comme The New York Times, qui y voient un signe de manipulation des procédures judiciaires pour étouffer les critiques envers le régime. Gao Zhen avait été arrêté en 2024 lors d’un voyage en Chine pour rendre visite à sa famille, dans son atelier situé en périphérie de Pékin. Depuis son arrestation, sa femme et ses enfants sont soumis à un contrôle judiciaire à la frontière, les empêchant de quitter le pays.
Gao Zhen et son frère Gao Qiang, connus sous le nom des Frères Gao, étaient des figures majeures de l’art contemporain chinois dans les années 2000. Leur travail, souvent provocateur, incluait des sculptures comme celles de la série Mademoiselle Mao, représentant le dirigeant historique Mao Zedong avec des attributs féminins et un nez de Pinocchio, symbolisant la déformation de l’histoire officielle. Ces œuvres, créées bien avant la loi actuelle, sont aujourd’hui utilisées pour justifier sa condamnation. L’affaire met en lumière la tension entre la liberté artistique et le contrôle politique en Chine, où les artistes critiques du régime ou de son histoire sont régulièrement ciblés pour des infractions liées à la défense de l’image des héros et martyrs, une notion floue souvent interprétée de manière extensive.
La condamnation de Gao Zhen a suscité des réactions internationales, notamment de la part des États-Unis, dont l’artiste est résident. Les diplomates américains, qui n’ont pas pu assister au procès, sont directement concernés par cette affaire. Les médias taïwanais comme Taibao rapportent que la famille de Gao Zhen est désormais sous surveillance, avec des restrictions de déplacement imposées à ses proches. Cette situation illustre l’extension des mesures répressives chinoises au-delà de ses frontières, touchant même des citoyens résidant à l’étranger. Les observateurs y voient une stratégie pour dissuader toute critique du régime, qu’elle émane de nationaux ou d’étrangers.
La condamnation à trois ans de prison de Gao Zhen, bien supérieure aux peines habituelles pour des infractions similaires, est interprétée comme un message clair du régime chinois. Elle reflète une volonté de punir sévèrement les artistes et intellectuels qui remettent en cause l’histoire officielle ou le pouvoir en place. Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large de restriction des libertés artistiques et de contrôle accru de la narration historique en Chine. Les experts soulignent que cette affaire, comme d’autres avant elle, sert à *imposer la version officielle de l’histoire* et à étouffer toute dissidence, même indirecte, sous couvert de lois floues et de procédures opaques.

