« Je me suis sentie envahie » : une caméra du SPVM apparaît dans sa fenêtre de cuisine
Une Montréalaise craint pour sa vie privée, alors qu'une caméra de sécurité a été installée devant chez elle..
Depuis quelques semaines, Alexandra et Clover, un couple résidant à Montréal dans l’arrondissement de Ville-Marie, constatent qu’une caméra de surveillance du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été installée sur un lampadaire situé directement devant leur fenêtre de cuisine. Cette caméra, de la gamme MIC de Bosch, fait partie du réseau de caméras de sécurité urbaine du SPVM. Elle est dotée de fonctionnalités avancées comme un zoom, une rotation à 360 degrés, et une capacité à analyser en temps réel les véhicules et les piétons grâce à l’intelligence artificielle. Ces caméras peuvent notamment repérer des objets ou des personnes en fonction de leur couleur, leur vitesse ou leur nombre. Bien que le SPVM affirme que la caméra ne filme pas l’intérieur des logements, Alexandra et Clover se sentent envahis par cette surveillance, d’autant plus qu’aucun préavis ni information ne leur a été transmis avant l’installation. Leur vie privée est perçue comme soudainement violée, surtout que la caméra capture aussi l’entrée de leur appartement.
Alexandra et Clover décrivent un sentiment d’intrusion et d’injustice face à cette installation. Alexandra explique avoir modifié ses habitudes pour éviter d’être vue par la caméra, comme s’habiller différemment ou masquer certaines zones de sa cuisine. Clover, quant à lui, dénonce l’absence de transparence du SPVM et l’utilisation de fonds publics pour surveiller une communauté en situation d’itinérance plutôt que pour résoudre les problèmes sous-jacents comme la violence ou la consommation de drogue. Il estime que cette caméra est un gaspillage de ressources et une violation de leur vie privée. Le couple s’interroge également sur l’impact que cette surveillance pourrait avoir sur leurs proches, notamment des personnes ayant participé à des manifestations queers et ayant déjà été en contact avec la police.
Le SPVM a répondu par courriel qu’aucune image de l’appartement d’Alexandra et Clover n’est captée par la caméra, dont le champ de vision se limite au domaine public. Cependant, le service de police n’a pas expliqué pourquoi aucun avis n’a été donné aux résidents avant l’installation. Après une vérification sur place, le SPVM a reconnu que certains éléments soulevaient des questions quant à l’emplacement de la caméra et a annoncé des ajustements pour les prochains jours. La caméra a d’ailleurs été réorientée pour ne plus pointer directement vers la fenêtre. Montréal compte 46 caméras de sécurité urbaine, mais leur emplacement n’est pas toujours indiqué sur le site du SPVM, contrairement à la pratique habituelle. Le SPVM a précisé que cette caméra faisait partie d’un réaménagement existant sans fournir plus de détails.
Stéphane Leman-Langlois, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque, a réagi avec surprise à cette installation. Il souligne que ces caméras, comme celles de la gamme MIC de Bosch, sont 100 fois plus puissantes que celles d’il y a 10 ans grâce à l’intelligence artificielle. Il critique l’absence de justification claire et de transparence de la part du SPVM, qui ne communique ni les objectifs précis de la caméra ni les résultats attendus en matière de réduction de la criminalité. Les données disponibles ne montrent d’ailleurs pas d’amélioration significative de la sécurité dans les zones équipées de caméras. Leman-Langlois recommande au moins une communication locale pour expliquer l’utilité de ces dispositifs et demande au SPVM de prouver leur efficacité.
Cette situation soulève des questions plus larges sur l’équilibre entre sécurité et vie privée dans les grandes villes. Les caméras de surveillance, bien que présentées comme un outil de lutte contre la criminalité, peuvent générer des sentiments d’insécurité et de méfiance chez les citoyens. À Montréal, le SPVM utilise ces dispositifs pour accroître le sentiment de sécurité et lutter contre la criminalité, mais leur efficacité réelle reste débattue. Le cas d’Alexandra et Clover met en lumière les tensions entre les besoins des services de police et le respect de la vie privée des habitants, ainsi que l’importance d’une communication transparente et d’une justification claire des installations de surveillance.

