Pourquoi le Hezbollah devrait s’inspirer des forces kurdes en Syrie
Alors qu’en Syrie les FDS, longtemps fer de lance de la lutte contre l’État islamique, ont annoncé la semaine dernière leur autodissolution, au Liban, le Hezbollah persiste à défendre ses armes et à faire fi des évolutions géopolitiques. Au risque de tout perdre, déplore cette journaliste libanaise..
En Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont annoncé leur autodissolution le 24 août 2026, marquant la fin d’une milice longtemps engagée dans la lutte contre l’État islamique. Leur ancien commandant, Mazloum Abdi, a expliqué cette décision par la nécessité de troquer l’uniforme militaire contre le costume civil, c’est-à-dire abandonner les armes pour intégrer les institutions de l’État syrien. Quelques jours plus tard, Abdi a été nommé conseiller du président syrien Ahmed El-Charaa, illustrant cette transition vers un rôle politique. À l’inverse, au Liban, le Hezbollah, un parti chiite armé soutenu par l’Iran, maintient ses armes malgré les évolutions géopolitiques. Son secrétaire général, Naïm Kassem, refuse catégoriquement de les abandonner, malgré les risques encourus par sa communauté. Cette divergence soulève une question centrale : une organisation armée peut-elle conserver son influence sans son appareil militaire ?
La décision des FDS s’inscrit dans une stratégie plus large adoptée par les Kurdes de Syrie, qui consiste à transformer leur pouvoir militaire en influence politique. Mazloum Abdi a choisi de ne pas disparaître après la dissolution de son groupe, mais de convertir sa légitimité issue des armes en pouvoir institutionnel. Cette approche vise à préserver les acquis politiques et sociaux obtenus grâce à la lutte armée, tout en évitant l’isolement ou la répression. En intégrant les structures étatiques, les Kurdes espèrent sécuriser leurs droits et leur autonomie, sans dépendre uniquement de la force militaire. Cette transition reflète une adaptation aux réalités géopolitiques, où les alliances traditionnelles (comme celle avec les États-Unis) se fragilisent. Le cas syrien montre qu’une milice peut survivre à la fin de sa mission initiale en se reconvertissant dans la politique.
Le Hezbollah, au Liban, adopte une position opposée à celle des Kurdes syriens. Malgré les pressions internes et externes, le parti maintient ses armes, arguant qu’elles sont essentielles pour protéger sa communauté chiite. Cette position est défendue par Naïm Kassem, qui considère que l’abandon des armes équivaudrait à une perte de sécurité pour ses partisans. Cependant, cette stratégie expose le Hezbollah à des risques accrus, notamment des sanctions internationales ou des conflits avec d’autres acteurs régionaux. Le parti est aujourd’hui critiqué pour son refus de s’adapter aux changements géopolitiques, ce qui pourrait affaiblir sa position à long terme. Contrairement aux Kurdes, le Hezbollah mise sur la continuité de la force militaire plutôt que sur une transition vers des institutions civiles.
La décision des FDS survient dans un contexte syrien marqué par la reprise en main progressive du régime de Bachar al-Assad, soutenu par la Russie et l’Iran. Les Kurdes, qui avaient bénéficié d’une relative autonomie dans le nord de la Syrie grâce à leur alliance avec les États-Unis, voient cette autonomie menacée. Leur dissolution en tant que force armée autonome s’inscrit dans une logique de normalisation, où le régime cherche à rétablir son contrôle sur l’ensemble du territoire. Pour le Hezbollah, ce contexte syrien est un avertissement : le maintien de ses armes pourrait devenir un fardeau si les équilibres régionaux évoluent défavorablement. La question de l’intégration des milices dans les institutions étatiques devient ainsi un enjeu majeur pour les acteurs armés du Moyen-Orient.
L’article suggère que le Hezbollah pourrait tirer des enseignements de la stratégie kurde en Syrie. Plutôt que de persister dans une logique de confrontation permanente, le parti pourrait envisager une transition vers un rôle politique, tout en conservant une influence via des canaux institutionnels. Cette approche permettrait de sécuriser les acquis du parti sans dépendre uniquement de la force militaire, réduisant ainsi les risques de conflits ou de sanctions. Cependant, une telle transition nécessiterait des compromis, notamment avec l’État libanais et les autres communautés politiques. Le cas des FDS montre qu’une milice peut survivre à la fin de sa mission initiale en se réinventant, mais cette voie exige une grande capacité d’adaptation et une volonté de dialogue.

