En visant la Russie, le Congrès américain va-t-il donner de nouveaux pouvoirs à Trump en matière de tarifs ?
Le président américain pourrait imposer des tarifs de 100 % sur les principaux importateurs d’énergie russe L’article En visant la Russie, le Congrès américain va-t-il donner de nouveaux pouvoirs à Trump en matière de tarifs ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Une proposition de loi, introduite en avril 2025 par le sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié de Donald Trump, est en passe d’être votée par le Congrès américain. Ce texte vise à doter le président des États-Unis de nouveaux pouvoirs pour imposer des sanctions économiques, notamment sur les secteurs énergétiques et de défense russes. Le projet de loi a déjà été adopté par le Sénat en août 2026 avec une large majorité bipartisane (86 voix pour, 11 contre), mais il rencontre une opposition marquée à la Chambre des représentants, où les démocrates craignent qu’il ne serve à Trump de prétexte pour instaurer des droits de douane supplémentaires. Deux élus démocrates ont cependant voté en faveur du texte le 15 septembre 2026, permettant son examen final.
Si la loi est adoptée, elle donnerait à Donald Trump la possibilité d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les cinq principaux pays importateurs de pétrole brut russe et les cinq principaux importateurs de gaz naturel russe. Ces sanctions pourraient également s’appliquer aux pays jugés « facilitateurs du contournement des sanctions pétrolières », une catégorie dont la définition est volontairement large et laissée à l’appréciation de la Maison-Blanche. Le texte prévoit aussi que Trump puisse suspendre ces droits de douane ou sanctions sans avoir besoin de l’accord du Congrès, ce qui lui conférerait une marge de manœuvre considérable. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où les États-Unis cherchent à renforcer leur pression économique sur la Russie, notamment via des sanctions sur ses exportations d’énergie.
Quatre pays européens figurent parmi les cibles potentielles de ces nouveaux pouvoirs tarifaires. Selon les données compilées par la Commission des affaires étrangères du Sénat, la Slovaquie fait partie des cinq principaux importateurs de pétrole russe en 2025, tandis que la France et la Belgique sont parmi les cinq plus grands importateurs de gaz naturel russe. La Hongrie, quant à elle, apparaît dans les deux catégories. Bien que le texte prévoie une exception pour les pays ayant réduit significativement leurs importations de gaz russe, cette clause reste soumise à l’interprétation de l’administration américaine. Par exemple, en juillet 2026, la Belgique a importé 100 % de son gaz naturel liquéfié (GNL) depuis la Russie, en raison notamment de la hausse des prix liée à la guerre américaine contre l’Iran. La France et la Slovaquie ont maintenu des importations stables en août 2026, tandis que la Hongrie est devenue le premier importateur d’énergie russe au sein de l’Union européenne.
Le langage flou utilisé dans la loi pour définir les « facilitateurs du contournement des sanctions pétrolières » pourrait permettre à Trump d’étendre les droits de douane à d’autres pays, voire à l’ensemble de l’Union européenne. Des experts comme Peter E. Harrell, chercheur invité à Georgetown, soulignent que l’absence de garde-fous dans le texte pourrait inciter Trump à interpréter la loi de manière extensive. Par exemple, il pourrait considérer l’Union européenne comme un bloc unique et imposer des tarifs à tous ses membres. Outre la Chine et l’Inde, des pays comme la Turquie (membre de l’OTAN), les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, le Kirghizistan et Singapour pourraient être désignés comme facilitateurs, selon la Commission des affaires étrangères du Sénat.
Le vote final à la Chambre des représentants, prévu le 16 septembre 2026, s’annonce tendu. Les démocrates s’opposent majoritairement à ce texte, craignant qu’il ne donne à Trump un outil supplémentaire pour mener une politique commerciale agressive, notamment via des tarifs douaniers. Ils redoutent également que cette loi ne serve à contourner les procédures législatives habituelles, où le Congrès doit normalement valider les sanctions économiques. À l’inverse, certains républicains et deux démocrates ont soutenu le texte, arguant de la nécessité de renforcer la pression sur la Russie. Ce débat reflète les tensions persistantes entre l’exécutif et le législatif aux États-Unis, ainsi que les divisions au sein même du Parti démocrate sur la question des sanctions économiques.

