Climat : crise au GIEC en amont de la publication de son prochain rapport
Certains États – comme l'Inde, l'Arabie saoudite ou la Chine – préfèrent que le rapport soit publié en 2029..
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est une organisation de l'Organisation des Nations unies (ONU) qui publie tous les cinq à sept ans des rapports d'évaluation servant de référence mondiale sur l'état des connaissances scientifiques concernant le climat. Lors de sa 65ᵉ session plénière à Addis-Abeba (Éthiopie), les membres n'ont pas réussi à s'entendre sur la date de publication de son prochain rapport, le 7ᵉ du genre. Les discussions, qui ont duré une semaine, ont révélé des divisions profondes entre les pays. Certains, comme la France, le Canada ou le Chili, soutiennent une publication fin 2028 pour éclairer les décisions politiques lors de la COP33 (33ᵉ Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), prévue la même année. D'autres, comme l'Inde, l'Arabie saoudite ou la Chine, préfèrent 2029, arguant qu'il faut plus de temps pour intégrer de nouvelles données scientifiques, notamment celles issues de pays en développement.
Le calendrier de publication du 7ᵉ rapport du GIEC est crucial car il servira de base scientifique pour les engagements climatiques internationaux attendus en 2028 et 2030. Une date trop tardive pourrait retarder l'adoption de mesures ambitieuses, notamment lors de la COP33, où un deuxième bilan mondial des efforts réalisés depuis l'Accord de Paris (2015) sera évalué. Les pays favorables à une publication en 2028 soulignent que les décideurs politiques ont besoin des données les plus récentes pour agir efficacement. À l'inverse, ceux qui prônent 2029 estiment que le rapport doit refléter l'ensemble des recherches, y compris celles menées dans des pays moins avancés sur le plan scientifique. Cette divergence illustre un débat plus large : faut-il prioriser la rapidité d'accès à l'information ou la représentativité des données ?
Plusieurs pays, dont l'Inde, l'Arabie saoudite et la Chine, sont accusés par d'autres États et par des experts du GIEC de chercher à ralentir le processus de publication. Ces tensions ont été dénoncées par l'ambassadeur français Benoît Faraco, présent à Addis-Abeba, qui parle de pressions exercées pour retarder le calendrier. Une coalition de 35 pays, incluant des nations développées et en développement comme le Vanuatu ou la Sierra Leone, a réagi en signant une déclaration commune le 9 octobre pour défendre la publication en 2028. Tina Stege, représentante des îles Marshall, a quant à elle qualifié ces retards d'inadmissibles, soulignant que les rapports du GIEC sont essentiels pour sauver des vies et des moyens de subsistance face à l'aggravation des impacts climatiques. Le président du GIEC, Jim Skea, a appelé les gouvernements à faire preuve de compromis pour éviter une nouvelle impasse.
L'article met en lumière un principe fondamental défendu par les scientifiques et les pays soutenant le calendrier 2028 : la science ne doit pas être instrumentalisée par des intérêts politiques. Benoît Faraco insiste sur le fait que personne ne devrait dicter aux experts ce qu'ils ont le droit de dire ou quand ils ont le droit de le dire. Le GIEC, en tant qu'organe indépendant, s'appuie sur des milliers de chercheurs à travers le monde pour produire des synthèses neutres et rigoureuses. Les pays favorables à une publication rapide rappellent que les rapports du GIEC sont des outils d'aide à la décision, et que retarder leur diffusion pourrait affaiblir la coopération internationale. À l'inverse, ceux qui demandent plus de temps insistent sur la nécessité d'inclure des données diversifiées pour garantir la pertinence des conclusions.
Cette incapacité à s'accorder sur le calendrier du 7ᵉ rapport du GIEC n'est pas un cas isolé : des retards similaires ont déjà marqué les cycles précédents, privant la communauté internationale de données cruciales pour agir. L'impasse actuelle risque de *faire perdre un temps précieux* dans la lutte contre le changement climatique, alors que ses effets s'intensifient, comme en témoignent les incendies de forêts ou d'autres catastrophes naturelles. La 65ᵉ session plénière a été ajournée sans accord, mais le GIEC a annoncé qu'elle reprendrait *dès que possible*. En attendant, les discussions se poursuivent pour trouver un compromis qui concilie rigueur scientifique et urgence climatique. Le prochain rapport, quel que soit son calendrier, mettra l'accent sur l'*adaptation* aux changements climatiques, un enjeu de plus en plus prioritaire pour les pays vulnérables.

