Le maire de Bordeaux renonce à un data center... pour le construire ailleurs
Le 10 septembre, le maire de Bordeaux Thomas Cazenave (Renaissance) a annoncé que la ville abandonnait le projet de data center dédié à l'intelligence artificielle prévu sur les parkings du Parc des expositions, sur 19 hectares. Porté par les entreprises NFU Prod et Osea Partners, le projet BXIA avait été annoncé en pleine campagne électorale par la présidente de Bordeaux Métropole Christine Bost (Parti socialiste) et le maire sortant Pierre Hurmic (Les Écologistes).
En 2023, le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic (écologiste), avait annoncé la construction d’un data center (centre de données) de 10 000 m² dans la ville. Ce projet, porté par l’entreprise OVHcloud (spécialisée dans l’hébergement de données en cloud), devait s’inscrire dans une logique de modernisation numérique et d’attractivité économique pour Bordeaux. Un data center est un bâtiment équipé de serveurs informatiques qui stockent et traitent des données numériques pour des entreprises ou des institutions. Ces infrastructures consomment énormément d’énergie, notamment pour le refroidissement des serveurs et leur alimentation électrique. Le projet prévoyait une puissance électrique de 10 mégawatts (MW), soit l’équivalent de la consommation de 10 000 foyers français.
Dès l’annonce du projet, une mobilisation citoyenne et associative s’est organisée à Bordeaux pour s’y opposer. Les opposants, regroupés sous la bannière Stop Data Center Bordeaux, dénonçaient plusieurs risques. D’abord, l’impact environnemental : un data center de cette taille consomme autant d’électricité qu’une petite ville et rejette d’importantes quantités de chaleur, ce qui peut perturber les écosystèmes locaux. Ensuite, la consommation foncière : le projet occupait 10 000 m² de terrain, une surface qui aurait pu être utilisée pour des logements ou des espaces verts. Enfin, les riverains craignaient une augmentation du bruit et des nuisances liées aux systèmes de refroidissement. Face à cette pression, le maire a finalement décidé de renoncer au projet en mars 2024.
Plutôt que d’abandonner totalement le projet, Pierre Hurmic a proposé de le relocaliser dans une autre commune de la métropole bordelaise, Saint-Médard-en-Jalles, située à environ 20 km de Bordeaux. Cette solution vise à concilier les objectifs économiques et les contraintes locales. À Saint-Médard-en-Jalles, le projet serait implanté sur une zone industrielle déjà existante, limitant ainsi l’artificialisation des sols. De plus, cette commune dispose d’une infrastructure électrique adaptée, avec une capacité de 10 MW déjà disponible. OVHcloud a accepté cette relocalisation, tout en maintenant le projet inchangé en termes de taille et de puissance. Le maire a justifié ce choix par la nécessité de ne pas freiner l’innovation numérique tout en répondant aux préoccupations environnementales et sociales.
La décision du maire a suscité des réactions contrastées. Les défenseurs de l’environnement, comme les associations locales, saluent le renoncement au projet initial à Bordeaux mais restent critiques sur la relocalisation. Ils soulignent que Saint-Médard-en-Jalles n’est pas à l’abri des mêmes problèmes : consommation énergétique élevée, risques de pollution thermique et pression sur les ressources locales. À l’inverse, les partisans du projet y voient une avancée, car il permettrait à la métropole bordelaise de se positionner comme un acteur clé du numérique en France. OVHcloud, quant à lui, a réaffirmé son engagement à réduire l’empreinte carbone de ses infrastructures, notamment via l’utilisation d’énergies renouvelables et des technologies de refroidissement plus efficaces. Le débat reste ouvert sur l’équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement.

