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Généraliste

Les six défis de Paul St-Pierre Plamondon

Le Devoir · mis à jour il y a 29 j

Le chef du nouveau gouvernement péquiste ne détiendra pas tous les leviers à l’Assemblée nationale..

Gouvernement minoritaire fragile

Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) dirige désormais un gouvernement minoritaire à l'Assemblée nationale du Québec, avec seulement 59 députés élus sur 125 sièges possibles. Cela signifie qu'il ne dispose pas de la majorité absolue, contrairement à un gouvernement majoritaire qui compte au moins 63 sièges. Trois partis d'opposition (le Parti libéral du Québec, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire) peuvent donc voter contre lui lors d'un vote de confiance, ce qui pourrait le forcer à démissionner ou à organiser de nouvelles élections. Historiquement, les gouvernements minoritaires au Québec durent en moyenne entre 18 et 24 mois. PSPP devra donc négocier avec au moins un parti d'opposition pour faire adopter ses lois et survivre politiquement. Cette situation est qualifiée de délicate par Eric Montigny, professeur en science politique à l'Université Laval, qui souligne la nécessité d'un « doigté » pour gérer cette dynamique.

Alliances politiques complexes

Pour gouverner efficacement, PSPP devra collaborer avec les partis d'opposition, malgré leurs divergences idéologiques marquées. Il a indiqué vouloir adopter une approche flexible, en cherchant tour à tour l'appui des conservateurs, des libéraux ou de Québec solidaire (QS), selon les dossiers. Cependant, cette stratégie comporte des risques : les partis d'opposition, comme les conservateurs ou QS, défendent des positions souvent opposées, ce qui pourrait créer des tensions. Thierry Giasson, professeur en science politique à l'Université Laval, souligne que les relations entre le Parti québécois (PQ) et ces partis ont été tendues pendant la campagne électorale, rendant les compromis plus difficiles. PSPP devra donc établir des ponts avec des adversaires qu'il a critiqués pendant la campagne, ce qui pourrait laisser des traces et froisser des ego politiques.

Référendum sur l'avenir du Québec

PSPP a réaffirmé son intention de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec, même avec un gouvernement minoritaire. Ce projet vise à demander aux Québécois s'ils souhaitent que le Québec devienne un pays indépendant. Cependant, cette initiative risque de rencontrer une forte opposition. Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), et Éric Duhaime, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), ont déjà annoncé leur opposition déterminée à ce référendum. Le seul allié potentiel de PSPP pourrait être Québec solidaire (QS), mais les deux partis doivent d'abord s'entendre sur la méthode : PSPP propose un référendum direct, tandis que QS souhaite d'abord former une assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution avant de soumettre le projet à un vote populaire. Malgré leurs différences, des alliances passées, comme celle entre le PQ et l'ADQ en 1995, montrent que des compromis sont possibles en politique.

Manque d'expérience gouvernementale

L'équipe de PSPP, composée en grande partie de nouveaux députés (passant de 7 à 59 sièges), devra rapidement s'adapter à ses nouvelles responsabilités. Seuls quelques membres, comme Alain Therrien, Elsie Lefebvre et Nicolas Marceau, ont déjà une expérience parlementaire. Thierry Giasson, professeur en science politique, souligne l'ampleur du défi : former une équipe capable de gérer les dossiers complexes en peu de temps. PSPP lui-même n'a jamais occupé de rôle décisionnel au sein d'un gouvernement, ce qui ajoute une pression supplémentaire. Il devra incarner son nouveau rôle de premier ministre et trouver sa manière de diriger, alors qu'il a jusqu'à présent observé ses prédécesseurs, comme François Legault et Geneviève Fréchette, en action.

Réformes et promesses électorales

PSPP a fait plusieurs promesses électorales ambitieuses, comme l'abolition de Santé Québec, un organisme public gérant une partie du système de santé québécois, et la suppression de 900 postes dans son administration. Ces réformes pourraient perturber le réseau de la santé, déjà sous pression. D'autres engagements, comme la baisse des seuils d'immigration, le retrait du Québec du projet de TGV fédéral et l'abolition des symboles monarchiques (comme le remplacement du lieutenant-gouverneur par un représentant civil), risquent de créer des tensions avec le gouvernement fédéral dirigé par Mark Carney. PSPP devra donc naviguer entre ses promesses électorales et les réalités politiques et administratives pour les mettre en œuvre.

Ce que ça pourrait changer

PSPP a été élu avec seulement 28,02 % des suffrages exprimés, ce qui représente la plus faible proportion de voix obtenue par un gouvernement dans l'histoire moderne du Québec. Ce chiffre est inférieur au précédent record détenu par le Parti québécois (PQ) de Pauline Marois en 2012, qui avait obtenu 31,95 % des voix. Malgré cette faible base électorale, PSPP devra élargir son soutien pour préparer le prochain scrutin, qui pourrait survenir plus tôt que prévu. Cette situation souligne la nécessité pour son gouvernement de convaincre une partie de l'électorat et de ses adversaires politiques pour assurer sa pérennité et éviter une motion de censure.

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