Comment la guerre en Iran a fait exploser la fortune de l'homme le plus riche d'Afrique
Le blocage du détroit d'Ormuz, qui a des répercussions douloureuses sur le prix des biens de consommation de base et du carburant, a fait fructifier la fortune du milliardaire nigérian Aliko Dangote..
Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique avec une fortune estimée à 35,1 milliards de dollars (soit près de 30 milliards d'euros) au 22 août 2026, a vu sa richesse augmenter de 5 milliards de dollars depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Cette hausse s'explique principalement par les profits générés par sa nouvelle raffinerie située à Lagos, au Nigeria. À 69 ans, cet homme d'affaires nigérian a bâti sa fortune initiale sur l'héritage familial, la production et l'exportation de sel, sucre et ciment, mais aussi et surtout sur le pétrole. Sa raffinerie, devenue pleinement opérationnelle quelques semaines avant les frappes américaines contre l'Iran en février 2026, a profité des perturbations des flux pétroliers mondiaux pour s'imposer comme un acteur clé du marché.
Le Moyen-Orient, et notamment le détroit d'Ormuz, est une zone stratégique pour le transport du pétrole. En février 2026, la guerre entre les États-Unis et l'Iran a provoqué des perturbations majeures dans les flux d'or noir. Les frappes ukrainiennes contre des raffineries russes, ainsi que les attaques contre des pétroliers iraniens, ont réduit l'offre disponible. Le Nigeria, bien que riche en ressources pétrolières, dépendait traditionnellement des importations de carburant raffiné, notamment en provenance du golfe Persique. La hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires a été une conséquence directe de ces perturbations, créant une opportunité pour les acteurs locaux capables de produire du carburant.
La raffinerie de Dangote, située à Lagos au Nigeria, est devenue un acteur incontournable depuis le début de la guerre. Elle a commencé à exporter du kérosène dès avril et mai 2026, devenant la plus grande exportatrice mondiale de ce carburant. En juillet 2026, elle s'est classée comme le premier fournisseur européen de kérosène et de diesel. Cette raffinerie, dont la capacité de production est estimée à 650 000 barils par jour, a permis au Nigeria de réduire partiellement sa dépendance aux importations. Cependant, malgré ces avancées, les prix du carburant sur le marché local n'ont pas baissé, en raison notamment des régulations gouvernementales et des accusations de corruption visant Dangote.
Le Nigeria et l'Afrique dans son ensemble comptent de nombreuses raffineries publiques, mais la majorité sont à l'arrêt en raison de problèmes de gestion, de corruption ou de manque d'investissements. La raffinerie de Dangote est l'une des rares exceptions opérationnelles sur le continent. Pour distribuer son carburant, la société utilise une logistique maritime complexe : les pétroliers chargés en sortent du port de Lagos et naviguent le long de la côte ouest-africaine jusqu'à Lomé, au Togo. Là, les cargaisons sont transférées sur des navires plus petits, qui livrent ensuite les marchés locaux. Cette méthode permet de contourner les infrastructures défaillantes du continent.
Le 18 août 2026, la société de Dangote a annoncé avoir obtenu un soutien financier d'un milliard de dollars (soit 856 millions d'euros) auprès d'un groupe d'investissement basé à Dubaï. Cet apport vise à préparer l'introduction en Bourse de la raffinerie, qui pourrait devenir la plus importante jamais réalisée en Afrique. Cette opération financière permettrait à Dangote de lever des fonds supplémentaires pour étendre ses activités et renforcer sa position sur le marché pétrolier. Cependant, cette annonce intervient dans un contexte de tensions avec le gouvernement nigérian, que Dangote accuse d'étouffer le flux de pétrole brut pour maintenir son contrôle sur le secteur.
Malgré la mise en service de la raffinerie de Dangote, le Nigeria reste dépendant des importations de carburant, et les prix n'ont pas baissé pour les consommateurs. Les Nigérians espéraient que cette infrastructure mettrait fin à leur dépendance aux importations et réduirait les coûts, mais leurs espoirs ont été déçus. Dangote a pointé du doigt la corruption et les régulations gouvernementales comme des obstacles majeurs à une baisse des prix. Le secteur pétrolier nigérian est en effet marqué par des accusations de corruption, et le gouvernement est accusé de maintenir une emprise sur les flux de pétrole brut, limitant ainsi la concurrence et la transparence.

