Un trésor en or découvert par hasard en Bohême intrigue les chercheurs : à qui appartenait-il ?
En février, un trésor de plus de 7,5 millions de couronnes a été découvert par deux randonneurs dans les forêts de Bohême du Nord-Est. Composé principalement de pièces d'or des années 1920-1930 et d'objets précieux, ce trésor intrigue par sa valeur et le mystère de son origine..
En février 2025, deux randonneurs en Bohême, région montagneuse de République tchèque, ont découvert par hasard un trésor enfoui sous une colline nommée Zvičina. Le premier contenant, un boîtier en aluminium déformé par le temps, abritait 598 pièces d’or soigneusement empilées en onze paquets enveloppés de tissu noir, pour un poids total de 3,7 kilos d’or. À proximité, un second contenant en fer renfermait seize porte-cigarettes en métal précieux, dix bracelets, un peigne, une chaîne, une boîte à poudre et un petit sac en fil métallique, portant l’ensemble du trésor à près de sept kilos. La valeur estimée de ce dépôt est de 7,5 millions de couronnes tchèques, soit environ 300 000 euros. Les archéologues soulignent que l’organisation méthodique de la cache suggère une volonté de préservation et un espoir de retour, typique des dépôts d’urgence liés à des périodes de crise.
L’analyse des 598 pièces d’or révèle une origine variée, principalement balkanique et européenne. Les monnaies proviennent de France, Turquie, Belgique, Italie, Russie, Roumanie et surtout d’Autriche-Hongrie, avec une forte présence de pièces destinées à circuler en Serbie et en Bosnie-Herzégovine. La datation des pièces indique que la plus récente a été frappée en 1921, ce qui signifie que leur transfert vers la Bohême est intervenu après cette date. Contrairement à une épargne monétaire classique, ces pièces ont été choisies pour leur poids en or, offrant une sécurité face à l’instabilité économique. Leur diversité géographique et leur circulation transnationale suggèrent un déplacement de richesse lié à des bouleversements politiques ou économiques majeurs.
Plusieurs périodes historiques pourraient expliquer l’enfouissement de ce trésor. La première hypothèse renvoie aux années 1930, avant l’invasion nazie de la Tchécoslovaquie en 1938, lorsque des citoyens craignaient la confiscation de leurs biens par le régime totalitaire. Une seconde piste évoque 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où des Allemands de Bohême auraient enterré leurs avoirs avant leur expulsion forcée. Enfin, une troisième possibilité concerne les réformes monétaires communistes de 1953 en Tchécoslovaquie, qui ont rendu une partie de la monnaie sans valeur, poussant certains à convertir leurs économies en or et à les cacher. Aucune de ces hypothèses ne peut être confirmée à ce stade, en raison de l’absence d’indices personnels ou de documents associés au trésor.
Les chercheurs du Musée de Bohême orientale à Hradec Králové étudient actuellement le trésor pour en reconstituer l’histoire. Leur travail consiste à stabiliser, documenter et restaurer les objets sans altérer leur état d’origine. Ils espèrent exposer l’ensemble dans un musée pour permettre au public de comprendre l’importance historique de cette découverte. Parallèlement, une enquête archivistique est menée pour retracer le parcours des pièces et identifier leur propriétaire. Cette recherche s’appuie sur des archives douanières, des registres de migrations et des dossiers judiciaires oubliés. L’objectif est de replacer ce dépôt dans son contexte précis, en croisant les données numismatiques, historiques et géopolitiques.
En République tchèque, la loi prévoit qu’une découverte archéologique doit être signalée aux autorités. Les deux randonneurs ayant mis au jour le trésor ont respecté cette obligation et pourraient recevoir une récompense équivalente à 10 % de la valeur estimée, soit environ 300 000 couronnes (30 000 euros). Cette disposition vise à encourager les citoyens à déclarer leurs trouvailles plutôt que de les vendre illégalement. Le trésor est désormais sous la responsabilité des conservateurs du musée, qui doivent préserver son intégrité tout en le rendant accessible à l’étude et à la culture. Cette affaire illustre comment des vestiges du passé peuvent émerger des sols européens, offrant des éclairages inédits sur l’histoire récente.

