Moscou accentue la pression en ciblant villes ukrainiennes et usines européennes
La mise au point des drones à réaction a renversé la vapeur dans le conflit..
Depuis l'été 2024, la Russie intensifie ses attaques contre l'Ukraine en utilisant de nouveaux drones à réaction, plus rapides et difficiles à intercepter que les drones classiques. Ces drones ciblent délibérément des infrastructures civiles comme des stations-service, des réseaux d'eau ou de chauffage, rendant la vie quotidienne des Ukrainiens plus difficile. Selon Viatcheslav Tchaouss, gouverneur de la région de Tchernihiv, ces attaques visent à créer une « stratégie de terreur » pour saper le moral de la population. Les drones à réaction, comme le Geran, annulent en partie les systèmes de défense antiaérienne ukrainiens, devenus inefficaces face à leur vélocité. La Russie exploite cette fenêtre d'opportunité pour bombarder massivement, profitant de sa puissance industrielle et de l'aide nord-coréenne en armements.
La Russie étend sa pression au-delà de l'Ukraine en ciblant indirectement l'Europe, soutien essentiel de Kiev. Moscou multiplie les attaques hybrides, comme des tentatives de sabotage dans des usines européennes ou des frappes contre des trains à la frontière de l'OTAN. En Allemagne, les services de renseignement ont accusé la Russie d'une tentative d'attaque au drone explosif sur des avions ukrainiens à l'aéroport de Leipzig. Au Danemark, les services secrets ont alerté sur des préparatifs de sabotage contre l'industrie de la défense locale. Selon Stéphane Audrand, chercheur à l'IFRI, ces actions visent à imposer un coût politique et économique à l'Europe, qui finance une partie de la guerre en Ukraine. L'objectif russe serait de fragiliser l'économie ukrainienne en poussant les civils à fuir vers l'Europe, réduisant ainsi les recettes fiscales de Kiev et alimentant les partis populistes européens.
La Russie bénéficie d'une capacité industrielle accrue, lui permettant de produire massivement des drones et des missiles balistiques. Ces armes, combinées à l'aide nord-coréenne, renforcent sa position sur le front, où les gains territoriaux sont quasi nuls depuis des mois. Alexander Gabuev, du centre Carnegie, souligne que Moscou exploite une « fenêtre d'opportunité » grâce à ces nouveaux équipements. En parallèle, des coentreprises comme Quantum Frontline Industries (germano-ukrainienne) fabriquent en Allemagne des drones pour l'Ukraine, illustrant l'implication directe de l'Europe dans le conflit. Cependant, cette collaboration expose aussi les industries européennes à des représailles russes, comme le sabotage de leurs usines.
La Russie utilise cette escalade militaire pour tenter d'influencer d'éventuelles négociations futures. Selon les experts, Moscou n'agit pas uniquement pour obtenir des concessions, mais parce qu'elle en a les moyens conjoncturels. Cependant, elle pourrait exploiter ces attaques pour envoyer un message aux États-Unis lors de futures discussions : « Vous voyez bien que la situation échappe à tout contrôle. Pour y mettre un terme, il vous suffit donc de faire pression sur les Européens et sur Kiev afin qu’ils cèdent à nos exigences. » Les émissaires américains tentent actuellement de relancer des pourparlers entre Russes, Ukrainiens et Américains, prévus après les élections parlementaires russes de la semaine prochaine. La Russie espère ainsi tirer parti de sa position militaire renforcée pour peser dans les discussions.
L'Europe, qui soutient militairement et financièrement l'Ukraine, est désormais directement visée par les actions russes. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a dénoncé fin août une « stratégie de terreur délibérée » après une attaque contre un centre commercial ukrainien. Les Européens attribuent ces actions hybrides au Kremlin, qui dément systématiquement. Les services de renseignement danois ont publiquement alerté sur des préparatifs de sabotage contre l'industrie de la défense au Danemark, un pays qui développe une base industrielle et technologique de défense en collaboration avec l'Ukraine. Ces tensions illustrent la vulnérabilité des arrières européens dans un conflit qui dépasse désormais largement les frontières ukrainiennes.

