NapseflowNapseflow
Recherche

Les applis de santé nous font-elles vraiment bouger plus… ou seulement cliquer davantage ? Exemple avec une appli pour compter ses pas

The Conversation France · mis à jour 7 juil.

L’essentiel La tendance est aux applications qui comptent vos pas et vous motivent à marcher avec des rappels fréquents envoyés sur votre smartphone. Une étude portant sur plus de 20 000 utilisateurs et utilisatrices d’une de ces applications montre que, si les notifications augmentent l’usage de l’appli, elles n’entraînent pas de pratique accrue de la marche, dans la plupart des cas.

Apps santé en hausse

En 2024, l'App Store d'Apple et le Google Play Store proposent respectivement près de 35 000 et 36 000 applications de santé. Ces outils numériques visent à encourager des comportements comme la marche, souvent via des notifications ou des récompenses. Par exemple, l'application WeWard permet de gagner des points convertibles en argent (jusqu'à 4 € par mois) en atteignant des objectifs de pas quotidiens. D'autres applications comme Strava ou Runtastic utilisent la comparaison sociale pour motiver leurs utilisateurs. Cependant, ces fonctionnalités attirent-elles vraiment plus de marcheurs ou incitent-elles simplement à consulter davantage l'application ?

Étude sur 20 000 utilisateurs

Une étude a analysé les comportements de marche de plus de 20 000 utilisateurs de l'application WeWard en France. Les chercheurs ont testé l'impact de différents types de notifications envoyées sur smartphone : comparaison avec les autres utilisateurs, comparaison avec soi-même, ou rappel des gains financiers potentiels. L'objectif était de vérifier si ces messages augmentaient réellement le nombre de pas effectués. Les données ont été collectées pendant les fêtes de fin d'année, une période où l'engagement envers les applications diminue souvent naturellement.

Notifications inefficaces

Les résultats montrent que les notifications augmentent bien l'usage de l'application : les utilisateurs ouvrent plus fréquemment l'appli et interagissent davantage avec elle, surtout lorsque les rappels sont envoyés sur trois semaines plutôt qu'une seule. Par exemple, les messages basés sur la comparaison avec les autres poussent à consulter l'application plus souvent. Cependant, cette hausse d'attention ne se traduit pas par une augmentation du nombre de pas effectués. Aucun des types de notifications testés n'a permis d'observer un changement significatif dans les habitudes de marche des utilisateurs.

Attention ≠ comportement

L'étude souligne un décalage entre l'attention portée à une application et les changements réels de comportement. Les indicateurs comme la fréquence d'ouverture ou le temps passé sur l'application ne reflètent pas nécessairement une amélioration de la santé. Marcher davantage implique de surmonter des contraintes quotidiennes (fatigue, obligations professionnelles, météo), ce qu'une simple notification ne peut pas accomplir. Les plateformes numériques excellent souvent à capter notre attention, mais leur impact sur les modes de vie reste limité. Cela pose la question de la mesure de l'efficacité réelle de ces outils.

Publics peu actifs ciblés

Tous les utilisateurs ne réagissent pas de la même manière aux notifications. Chez les personnes qui marchaient le moins avant l'expérience, une légère augmentation du nombre de pas a été observée au fil du temps. Aucun type de message ne s'est révélé plus efficace qu'un autre pour cette catégorie. Ces résultats suggèrent que les applications de santé pourraient être particulièrement utiles pour les publics les plus éloignés de l'activité physique. Une hausse même modeste de leur activité pourrait avoir des bénéfices majeurs pour la santé publique.

Ce que ça pourrait changer

L'étude met en lumière un défi pour les plateformes numériques et les politiques publiques : évaluer ce qui compte vraiment. Un fort engagement envers une application ne garantit pas un changement durable des habitudes. Les outils numériques sont probablement plus efficaces lorsqu'ils s'intègrent dans des dispositifs plus larges, comme un soutien social ou la fixation progressive d'objectifs. Par ailleurs, les contraintes quotidiennes et les facteurs sociaux, comme le genre, jouent un rôle majeur. Les femmes, par exemple, semblent moins actives que les hommes selon des travaux existants.

Sujets complémentaires