En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz sous pression après un « désastre » électoral
Le parti antimigrants et prorusse Alternative pour l'Allemagne (AfD) caracole en tête des sondages nationaux..
Le chancelier allemand Friedrich Merz, en poste depuis seulement 16 mois, subit une série de défaites électorales régionales majeures en septembre 2026. Dans le Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, son parti, la CDU (Union chrétienne-démocrate, parti conservateur), est éliminé de l’assemblée régionale pour la première fois depuis 1945, faute d’atteindre le seuil de 5 % des voix. Cette région, située dans le nord-est de l’Allemagne, est traditionnellement un bastion de la CDU. À Berlin, le parti de gauche radicale Die Linke (25 % des voix) devance la CDU (20 %), tandis que l’extrême droite de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) progresse fortement (environ 15 %). Ces résultats s’ajoutent à une précédente défaite en Saxe-Anhalt début septembre, où l’AfD avait également remporté les élections. Ces échecs électoraux déclenchent des spéculations sur un possible départ anticipé de Merz avant la fin de l’année.
L’AfD, parti classé à l’extrême droite et prorusse, réalise des scores historiques dans ces élections. En Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, il arrive en tête, tandis qu’à Berlin, il atteint environ 15 % des voix. Nationwide, l’AfD caracole en tête des sondages avec près de 30 % d’intentions de vote, soit une dizaine de points devant la CDU. Ses dirigeants, comme Alice Weidel (co-dirigeante) ou Leif-Erik Holm (responsable régional), affirment que leur parti a remplacé la CDU comme principal parti populaire en Allemagne. L’AfD est souvent critiqué pour ses positions antimigrants et ses liens présumés avec des milieux néonazis, ce que Merz évoque comme une menace d’autoritarisme contre laquelle ses réformes économiques seraient un rempart.
Friedrich Merz, 70 ans, affronte une impopularité record de près de 90 %, un niveau exceptionnel pour un chancelier allemand. Son mandat, marqué par des promesses de relance économique et de durcissement de la politique migratoire, n’a pas convaincu les électeurs. Malgré ces défaites, Merz a réaffirmé dimanche soir qu’il restait à la tête de la CDU et du gouvernement, tout en reconnaissant un « désastre électoral ». Son partenaire de coalition, le SPD (Parti social-démocrate), dirigé par Lars Klingbeil, exige désormais des « changements » et menace de remettre en cause l’alliance si Merz maintient sa ligne politique actuelle. Klingbeil a critiqué une approche trop rigide, estimant que « foncer tête baissée » ne fonctionnerait pas.
L’Allemagne traverse une période de stagnation économique, aggravée par plusieurs facteurs : un manque d’innovation, la concurrence accrue de la Chine, des dépenses sociales en hausse et des prix de l’énergie élevés en raison des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. L’industrie automobile, secteur clé du pays, licencie massivement : des dizaines de milliers d’emplois sont menacés. Le syndicat IG Metall organise lundi une journée d’action nationale pour défendre les emplois et les sites de production. Ces difficultés économiques alimentent le mécontentement des électeurs, qui se tournent vers l’AfD ou la gauche radicale, perçues comme des alternatives aux partis traditionnels.
Selon **Marc Debus**, politiste à l’Université de Mannheim, Merz aura du mal à se maintenir en poste en raison des mauvais résultats électoraux de la CDU, directement liés à sa gestion gouvernementale. Le chancelier devra désormais composer avec des tensions au sein de sa propre majorité, notamment entre les conservateurs de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD. Ces derniers, sans qui Merz ne peut gouverner, exigent une révision de la politique gouvernementale. L’expert souligne que Merz aura encore plus de difficultés à faire adopter ses réformes, malgré les annonces récentes. Pour l’instant, Merz insiste sur la nécessité de poursuivre ses réformes, qu’il présente comme une réponse à la montée de l’extrême droite.

