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Généraliste

Le nouveau visage de «Cendrillon»

Le Devoir · mis à jour il y a 18 j

Un opéra oublié refait surface à Montréal grâce à Mathieu Lussier et au Palazzetto Bru Zane..

Redécouverte d'un opéra oublié

L’opéra Cendrillon de Nicolò Isouard, créé en 1810 à Paris, a été redécouvert et présenté en version concert par l’ensemble Arion Baroque en octobre 2026. Contrairement aux versions plus connues de Rossini ou Massenet, cette œuvre est un opéra-comique, un genre lyrique mêlant dialogues parlés et parties chantées, très populaire au XIXe siècle. La collaboration entre Arion Baroque, le Centre de musique baroque de Versailles et le Palazzetto Bru Zane a permis de ressusciter cette partition oubliée. Nicolò Isouard, compositeur français d’origine maltaise né en 1773 et mort en 1818, était à l’origine militaire et commerçant avant de se consacrer à la musique. Son Cendrillon s’est maintenu au répertoire pendant tout le XIXe siècle et a même été révisé en 1847 par Adolphe Adam pour moderniser l’œuvre.

Structure et originalité de l'œuvre

L’opéra Cendrillon de Isouard se distingue par son livret ingénieux et ses personnages hauts en couleur. L’histoire met en scène Alidor, précepteur du prince Ramir, qui cherche à lui trouver une épouse idéale. Les deux sœurs Clorinde et Tisbé, figures comiques, sont dotées de duos spectaculaires et d’airs de bravoure, chacun interprété par une soprano. Clorinde tente de séduire Dandini, qu’elle croit être le roi, avec un air hispanisant, tandis que Tisbé exprime sa colère dans un air dramatique. Le prince Ramir apparaît dès le début de l’opéra. Isouard accorde une grande importance aux ensembles, des scènes où plusieurs personnages chantent simultanément, une caractéristique typique de l’opéra-comique. Contrairement à une idée reçue, ces ensembles ne sont pas influencés par Rossini, alors âgé de seulement 18 ans en 1810. L’orchestre propose également des originalités, comme un prélude avec un solo de cor naturel, interprété par Simon Poirier.

Distribution et interprètes

La distribution de cette production est marquée par l’excellence des interprètes. Cyrille Dubois incarne le prince Ramir avec un style, un timbre et une clarté remarquables. Le trio de sopranos, composé d’Emma Fekete, Magali Simard-Galdès et Florie Valiquette, se distingue par la complémentarité de leurs personnalités tout en formant un ensemble harmonieux. Dominique Côté, dans le rôle de Dandini, un personnage bouffon qui se fait passer pour le roi pour démasquer les courtisanes, offre une performance énergique et drôle. Julien Patenaude assure la mise en espace avec des projections amusantes, tandis que Laurent Deleuil, dans le rôle d’Alidor, privilégie l’intelligibilité du texte et l’instinct dramatique plutôt que la puissance vocale pure. Mathieu Lussier dirige l’orchestre avec enthousiasme, bien que la salle Bourgie, inadaptée à un tel effectif, limite parfois la qualité sonore.

Ce que ça pourrait changer

Dès le lendemain de la représentation, l’équipe a commencé l’enregistrement de l’opéra *Cendrillon* de Isouard. Cette œuvre, considérée comme une découverte majeure, est saluée pour son dynamisme et son absence de temps mort, ce qui en fait un ouvrage captivant du début à la fin. Le chœur, préparé avec soin, et l’orchestre, dirigé par Mathieu Lussier, contribuent à la qualité globale de la production. Malgré les contraintes techniques de la salle Bourgie, qui n’est pas conçue pour accueillir un orchestre aussi nombreux, la performance a été globalement appréciée. Les organisateurs et les interprètes expriment leur satisfaction quant à cette résurrection d’une œuvre méconnue, qui mérite selon eux d’être redécouverte et partagée avec un public plus large.

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