En 2016, un ingénieur réfugié a construit une maison avec des bouteilles pleines de sable pour sa grand-mère - aujourd'hui
Dans les camps sahraouis, la terre crue fond sous la pluie et se lézarde au soleil. Reconstruire suppose pourtant un matériau solide, bon marché et présent partout, une gageure en plein désert.
En 2016, un ingénieur syrien réfugié en Turquie, nommé Nizar Al-Haj Ali, a conçu et construit une maison pour sa grand-mère en utilisant des bouteilles en plastique remplies de sable. Cette technique, appelée bottle brick construction (construction en briques de bouteilles), repose sur l'empilement de bouteilles en plastique rigides et remplies de sable, liées entre elles par du mortier (un mélange de ciment, de sable et d'eau). L'objectif était de créer un habitat solide, économique et écologique, tout en utilisant des matériaux de récupération. Ce projet a été motivé par des contraintes financières et l'absence d'accès à des matériaux de construction traditionnels, comme le béton ou la brique, souvent coûteux ou difficiles à se procurer pour les populations défavorisées ou déplacées. La maison, située dans un camp de réfugiés en Turquie, a attiré l'attention pour son innovation et sa durabilité.
La méthode de construction utilisée par Nizar Al-Haj Ali repose sur un principe simple mais efficace : les bouteilles en plastique, une fois remplies de sable, deviennent des briques de construction solides et stables. Le sable, dense et peu coûteux, apporte une masse qui renforce la structure, tandis que le plastique des bouteilles, en se déformant légèrement, absorbe les chocs et les vibrations. Les bouteilles sont empilées en rangées, puis scellées avec du mortier pour former des murs. Cette technique présente plusieurs avantages : elle est écologique, car elle recycle des déchets plastiques, économique, car elle réduit les coûts de matériaux, et résistante, car les murs ainsi construits peuvent supporter des charges importantes. De plus, l'air emprisonné dans les bouteilles améliore l'isolation thermique des bâtiments, ce qui est particulièrement utile dans les régions aux climats extrêmes.
Le projet initial de Nizar Al-Haj Ali a connu un succès retentissant, au point de susciter l'intérêt de nombreuses organisations et particuliers. En quelques années, l'ingénieur a pu construire 25 autres maisons en utilisant la même technique, principalement dans des camps de réfugiés en Turquie et en Syrie. Son travail a été relayé par des médias internationaux et des ONG, ce qui a permis de populariser cette méthode de construction. Des ateliers de formation ont été organisés pour enseigner la technique aux communautés locales, leur donnant ainsi les moyens de construire elles-mêmes des habitats durables et abordables. Ce projet s'inscrit dans une démarche plus large de construction durable et de résilience communautaire, visant à améliorer les conditions de vie des populations vulnérables tout en réduisant leur dépendance aux matériaux de construction traditionnels.
La construction en bouteilles remplies de sable offre plusieurs avantages majeurs. D'abord, elle est peu coûteuse : le sable est souvent disponible localement, et les bouteilles peuvent être récupérées gratuitement. Ensuite, elle est écologique, car elle réduit la quantité de déchets plastiques et limite l'extraction de ressources naturelles comme le sable ou le gravier. Enfin, elle est rapide à mettre en œuvre, car elle ne nécessite pas de compétences techniques avancées ni d'outils sophistiqués. Cependant, cette méthode présente aussi des limites. Les murs en bouteilles sont moins résistants que ceux en béton armé, ce qui peut poser problème dans les zones sismiques. De plus, leur durabilité à long terme n'a pas encore été pleinement évaluée, bien que les constructions existantes semblent tenir dans le temps. Enfin, cette technique reste marginale et n'est pas encore reconnue par les normes de construction officielles dans la plupart des pays.
Le projet de *Nizar Al-Haj Ali* a eu un impact significatif sur les communautés locales, notamment en Turquie et en Syrie. Pour les réfugiés, il a permis de créer des habitats sûrs et dignes, améliorant ainsi leur qualité de vie. Sur le plan économique, cette méthode a généré des emplois locaux, notamment dans la collecte et le tri des bouteilles, ainsi que dans la formation des artisans. Elle a aussi réduit la dépendance aux aides humanitaires, en offrant aux populations des moyens autonomes de se loger. Enfin, ce projet a inspiré d'autres initiatives similaires à travers le monde, démontrant que des solutions innovantes et low-tech (à faible technologie) peuvent répondre à des besoins urgents. Il illustre aussi l'importance de l'*innovation sociale* dans les contextes de crise, où les ressources sont limitées mais où la créativité peut faire la différence.

