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Anthropic veut partager une partie de la richesse de l’IA : un pas vers le revenu universel ?

Numerama · mis à jour il y a 18 j

Anthropic, le créateur de Claude, lance un fonds qui pourrait verser de l’argent à certaines populations, en évoquant les risques de l’IA pour l’emploi. Elon Musk propose, lui, de distribuer directement des actions au public.

Anthropic lance un fonds de 48 milliards

Le 18 octobre 2026, Anthropic, l'entreprise derrière l'IA Claude, a annoncé la création d'un fonds dédié au bien public. Ce fonds sera alimenté par 5 % du capital de l'entreprise, soit une valeur théorique de 48 milliards de dollars, basée sur une valorisation de 965 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds en mai 2026. Ce fonds prendra la forme d'une LLC (une société à responsabilité limitée américaine), détenue entièrement par Anthropic. L'objectif est de financer des distributions directes à certaines populations, notamment celles menacées par l'automatisation, ainsi que des dons à des associations. Cependant, cette affectation reste soumise à l'approbation des actionnaires. Anthropic précise que la part du capital attribuée au fonds pourrait augmenter si la valorisation de l'entreprise dépasse un seuil de référence, avec une augmentation possible de 2 % supplémentaires pour chaque hausse de 50 % de sa valeur.

Un projet inspiré par l'impact de l'IA

Anthropic justifie ce projet par les bouleversements économiques que l'intelligence artificielle (IA) pourrait engendrer sur le marché du travail. L'entreprise souligne que l'IA pourrait générer une valeur économique colossale, mais aussi fragiliser de nombreux emplois. Pour anticiper ces risques, Anthropic évoque la nécessité d'approches innovantes, comme la redistribution des gains de l'IA. Le fonds s'inscrit dans cette logique en explorant des mécanismes de partage du capital et des dividendes liés à l'IA. Par ailleurs, Anthropic a déjà engagé 200 millions de dollars (178 millions d'euros) dans des recherches externes sur les réponses aux bouleversements économiques causés par l'IA, incluant des expérimentations de revenus inconditionnels. Ces tests, réservés à des groupes spécifiques, visent à étudier les effets d'un revenu régulier sur le bien-être et l'occupation du temps des bénéficiaires, sans pour autant s'apparenter à un revenu universel.

Elon Musk propose une alternative

En réaction à l'annonce d'Anthropic, Elon Musk a proposé une autre approche sur le réseau social X (anciennement Twitter). Il suggère de distribuer directement des actions au public, affirmant : « C'est ce que je vais faire. » Cette proposition ne précise ni les titres concernés, ni les bénéficiaires, ni le calendrier. Contrairement au fonds d'Anthropic, cette distribution ne garantirait pas de revenu régulier aux bénéficiaires, car la valeur des actions peut fluctuer et leur détention ne garantit pas le versement de dividendes. Un revenu universel, en revanche, se définit comme un versement monétaire régulier, individuel et inconditionnel, accordé à tous sans obligation de travailler. La proposition de Musk ne répond donc pas à cette définition, car elle ne prévoit pas de versement systématique et régulier.

Pourquoi redistribuer les gains de l'IA ?

La redistribution des gains générés par l'IA pourrait répondre à un enjeu économique majeur : les salariés remplacés par des IA sont aussi des consommateurs. Si ces personnes perdent leur emploi sans compensation, elles risquent de réduire leurs dépenses, ce qui pourrait peser sur l'économie. Des chercheurs comme Brett Hemenway Falk et Gerry Tsoukalas ont modélisé ce phénomène dans un article intitulé « The AI Layoff Trap », publié en mars 2026. Leur modèle montre qu'une entreprise peut tirer profit de l'automatisation en réduisant ses coûts salariaux, mais subir seulement une partie de la baisse de consommation engendrée par les licenciements. Collectivement, ces décisions pourraient affaiblir les ventes et les profits. Le projet d'Anthropic s'inscrit dans cette réflexion en explorant des mécanismes pour redistribuer les gains de l'IA aux personnes dont les revenus sont menacés.

Ce que ça pourrait changer

La question de la redistribution des gains de l'IA n'est pas nouvelle et se pose déjà dans certaines entreprises. Par exemple, en 2026, les salariés de Samsung ont obtenu un accord leur accordant des primes record, liées aux bénéfices générés par les semi-conducteurs, dopés par la demande en IA. Cependant, cet avantage a suscité des tensions avec les salariés d'autres divisions, moins bien lotis. De même, chez Micron, un syndicat taïwanais a obtenu le droit de déclencher une grève pour réclamer une meilleure répartition des bénéfices liés à l'IA. Ces exemples illustrent les inégalités que l'automatisation peut créer au sein même des entreprises. Le fonds d'Anthropic vise à élargir cette redistribution au-delà des seuls salariés, mais des questions subsistent : sous quelle forme cette redistribution aura-t-elle lieu (argent, actions, aides ponctuelles ou régulières) ? Et qui pourra en bénéficier ?

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