Manifestations des lycéens : « Et si, pour une fois, on écoutait les premiers concernés ?»
Ce mardi encore, les lycéennes et lycéens sont mobilisé·es partout en France pour faire entendre leurs colères. Dans cet éditorial, le directeur de la rédaction de Vert, Loup Espargilière, imagine ce que cela signifie d’avoir 16 ans en 2026..
En octobre 2026, des lycéens et lycéennes de France manifestent massivement pour exprimer leur mécontentement face à des conditions de vie et d’études jugées insupportables. Ces mobilisations, récurrentes depuis la rentrée, dénoncent des établissements scolaires insalubres, des classes surchargées et un manque de moyens pour une éducation de qualité. Les revendications des jeunes portent aussi sur des enjeux plus larges comme l’avenir professionnel incertain, marqué par l’automatisation et l’intelligence artificielle, ainsi que par les crises climatiques et sociales qui les entourent depuis leur enfance. Les lycéens se présentent comme les premiers concernés par ces problèmes, mais estiment que leurs voix ne sont pas entendues par les adultes et les décideurs politiques.
Les jeunes de 16 ans en 2026 ont grandi dans un contexte de crises multiples et simultanées. Ils ont connu des crises financières, économiques, climatiques et politiques depuis leur naissance. Leur avenir professionnel est perçu comme incertain en raison de l’automatisation et de l’essor de l’intelligence artificielle, qui menacent de remplacer de nombreux emplois. Les jeunes anticipent des difficultés accrues pour accéder à un logement, financer leurs études ou même bénéficier d’une retraite, dans un contexte où les inégalités sociales et économiques se creusent. Leur génération est aussi marquée par des événements historiques comme les attentats du 11 septembre 2001, qui ont renforcé les politiques de surveillance et de suspicion dans les sociétés occidentales.
Les lycéens de 2026 évoluent dans un environnement où la santé et l’écologie sont fortement dégradées. Ils savent que l’eau, l’air et les aliments sont contaminés par des milliers de substances chimiques, ce qui contribue à des problèmes de santé publique, comme le fait que la France soit classée championne du monde des cancers. Les jeunes sont également conscients des risques liés à la crise climatique, qui pourrait provoquer des milliers de morts chaque année en France. Malgré ces constats alarmants, ils perçoivent un manque d’action et d’intérêt de la part des adultes et des institutions, qui semblent minimiser ou ignorer ces enjeux. Cette situation les pousse à s’engager pour alerter sur l’urgence écologique et sanitaire.
Lors des manifestations, les lycéens dénoncent régulièrement l’usage de la violence par les forces de l’ordre. Des images de jeunes se faisant étrangler ou subir des blessures graves par des CRS en armure circulent, suscitant des réactions contrastées. Certains adultes, qualifiés de « raisonnables » dans l’article, justifient cette répression en commentant les vidéos de violences policières avec des phrases comme « Ils avaient qu’à pas brûler des poubelles » ou « Bien fait ». Les lycéens perçoivent cette violence comme une réponse disproportionnée à leur colère légitime, et estiment que les adultes ne comprennent pas leur combat. Pour eux, la répression vise à les faire taire plutôt qu’à dialoguer ou à résoudre les problèmes qu’ils soulèvent.
Les lycéens de 2026 font face à un paradoxe dans le discours des adultes. D’un côté, on leur reproche d’être « égoïstes » s’ils restent passifs face aux crises, et de l’autre, on les traite d’« idéalistes » ou de « sauvages » s’ils s’engagent activement pour des causes collectives. Cette contradiction illustre un double standard : les jeunes sont critiqués quels que soient leurs choix. S’ils sont sages et discrets, on les ignore ; s’ils manifestent ou s’expriment, on les discrédite ou on les réprime. Les lycéens estiment que ce système ne leur laisse aucune marge de manœuvre pour être entendus ou pris au sérieux, malgré leur statut de premiers concernés par les problèmes qu’ils dénoncent.
Face à cette situation, les lycéens lancent un appel : et si, pour une fois, on écoutait les premiers concernés ? Ils demandent que leurs revendications soient prises au sérieux, notamment sur l’éducation, l’environnement et les conditions de vie. L’article souligne que les adultes, souvent perçus comme « raisonnables » car ils ont le droit de vote, semblent pourtant incapables de résoudre les crises qui les dépassent. Les jeunes proposent une alternative : leur donner la parole et les considérer comme des acteurs légitimes de la société, plutôt que comme des perturbateurs ou des ignorants. Cet appel s’inscrit dans une logique de justice intergénérationnelle, où les décisions politiques devraient intégrer les besoins et les alertes des plus jeunes.
L’article est signé par Loup Espargilière, cofondateur du média *Vert*, un journal indépendant spécialisé dans l’urgence écologique. *Vert* se présente comme un acteur clé pour rappeler les enjeux climatiques et sociaux aux électeurs, notamment en vue des prochaines élections. Le média souligne que l’écologie est souvent reléguée au second plan dans le débat public, sauf lors des périodes de canicule ou de crises visibles. *Vert* s’engage à maintenir l’attention sur ces sujets, même quand l’actualité semble moins urgente. L’article appelle les lecteurs à soutenir financièrement ce type de médias pour garantir leur indépendance et leur pérennité, et ainsi assurer une couverture continue des enjeux écologiques et sociaux.

