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Généraliste

«Carrie», à feu et à sang depuis 50 ans

Le Devoir · mis à jour 3 oct.

Le chef-d’œuvre de Brian De Palma sur une adolescente intimidée qui déchaîne ses pouvoirs ne vieillit pas..

Carrie : l'histoire

Le film Carrie (titre original : Carrie au bal du diable), réalisé par Brian De Palma, est une adaptation du roman de Stephen King publiée il y a 50 ans, en 1976. L’histoire suit Carrie White, une adolescente marginalisée à l’école et maltraitée par sa mère, une femme fanatiquement religieuse. À la puberté, Carrie découvre qu’elle possède des pouvoirs de télékinésie, c’est-à-dire la capacité de déplacer des objets par la pensée. Lors du bal de fin d’année, elle subit une humiliation publique qui déclenche une vengeance spectaculaire, où elle utilise ses pouvoirs pour détruire l’école. Le film explore des thèmes universels comme l’intimidation, la vengeance et la marginalisation, tout en mêlant horreur et drame psychologique.

De Palma et son style

Brian De Palma, réalisateur du film, est connu pour son style visuel innovant et ses emprunts à d’autres cinéastes comme Alfred Hitchcock ou Orson Welles. Pour Carrie, il utilise des techniques comme le split diopter (une lentille permettant de garder plusieurs plans nets en même temps), le split screen (écran divisé pour montrer plusieurs actions simultanément) et des plans-séquences complexes. Ces choix stylistiques renforcent l’émotion et le suspense. De Palma a expliqué avoir privilégié le côté de l’adolescente marginalisée plutôt que ses pouvoirs, car cela reflétait une expérience commune à beaucoup de spectateurs. Le film marque la maturité artistique du réalisateur, qui a déjà à son actif des œuvres comme Phantom of the Paradise ou Sœurs de sang.

Distribution et Oscar

Le rôle de Carrie White a été attribué à Sissy Spacek, dont la performance a été saluée par la critique. Spacek, déterminée à obtenir le rôle, s’est présentée à son audition avec les cheveux enduits de vaseline pour un rendu naturel et émouvant. Piper Laurie, choisie pour incarner la mère fanatique de Carrie, a également été nommée aux Oscars, une rareté pour un film d’horreur. Les deux actrices ont été reconnues pour leur interprétation, contribuant à la puissance du film. À l’époque, les auditions pour Carrie se déroulaient en même temps que celles pour Star Wars, un autre projet cinématographique majeur de 1976.

Scène des vestiaires

L’ouverture du film est marquée par une scène emblématique dans les vestiaires de l’école. Carrie, ignorante des règles de la puberté, croit saigner à mort sous la douche. Ses camarades, menées par Sue, lui lancent des tampons avec dégoût. Cette scène utilise un contraste saisissant : un plan au ralenti, esthétique et onirique, cède brutalement la place à une image crue et réaliste. La musique envoûtante de Pino Donaggio s’interrompt soudain, remplacée par des bruits ambiants, dont une ampoule qui explose sous l’effet involontaire des pouvoirs de Carrie. Cette transition brutale crée un choc visuel et sonore, renforçant l’impact émotionnel de la scène.

Bal de fin d'année

La scène du bal de fin d’année est l’un des moments les plus célèbres du cinéma. De Palma y utilise des effets de vertige en faisant tourner les acteurs dans le sens inverse de la caméra, créant une sensation de désorientation. La séquence culmine lorsque Carrie est aspergée de sang de cochon par Chris, une élève cruelle. Le réalisateur alterne alors six points de vue différents (celui de Chris, de Sue, de l’enseignante, de Carrie, etc.), chacun offrant une perspective unique sur la tragédie. La musique s’arrête, le rythme devient normal, et Carrie, en transe, libère ses pouvoirs, réduisant l’école en cendres. Cette scène s’inspire du film Le pont de la rivière Kwaï, où plusieurs personnages assistent à une tragédie sans en avoir la même perception.

Dénouement et symbolique

Le film se termine de manière tragique : Carrie, après avoir tué sa mère dans un accès de légitime défense, est elle-même assassinée par cette dernière. Dans un cauchemar, Sue, une élève repentante, voit la main de Carrie émerger de sa tombe pour l’agripper, rappelant la scène des vestiaires. Ce final onirique, inspiré du film Délivrance de John Boorman, a été repris par De Palma dans d’autres œuvres comme Pulsions. Carrie peut être interprété comme une réinterprétation sombre du conte de Cendrillon, où la jeune fille maltraitée se transforme en force destructrice. Le film reste pertinent aujourd’hui, car l’intimidation et la marginalisation sont des problèmes toujours actuels, que ce soit à l’école ou dans la société.

Ce que ça pourrait changer

Cinquante ans après sa sortie, *Carrie* est toujours considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma d’horreur et un film culte. Il a été adapté à plusieurs reprises, notamment en série par Mike Flanagan en 2018. Le film sera projeté dans plusieurs salles au Québec en octobre 2026, notamment au cinéma Le Clap de Québec et à la Cinémathèque québécoise. Il est également disponible en streaming sur Prime, Criterion Channel et en vidéo à la demande. Son influence perdure, tant pour son style visuel innovant que pour ses thèmes intemporels, faisant de *Carrie* une œuvre majeure du 7e art.

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