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Société

Éthiopie: la dernière guerre civile a fait plus d'un demi-million de morts, et une autre est sur le point d'éclater

Slate FR · mis à jour 25 sept.

Alors que les rebelles du Tigré et les forces gouvernementales s'affrontent, les analystes estiment que l'accord de paix de 2022 est en train de voler en éclats. L'Union africaine et l'Union européenne ont appelé à la cessation immédiate des combats..

Contexte historique

L’Éthiopie traverse une période de tensions politiques et militaires depuis plusieurs années, marquée par des conflits internes. La dernière guerre civile, qui s’est déroulée principalement dans la région du Tigré (nord du pays), a duré près de deux ans, de novembre 2020 à novembre 2022. Ce conflit opposait principalement le gouvernement fédéral éthiopien, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, aux forces rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), un parti politique et une milice armée historique de cette région. Le TPLF était au pouvoir en Éthiopie pendant près de 30 ans avant d’être écarté en 2018, ce qui a alimenté les tensions. Le conflit a impliqué d’autres groupes armés et milices locales, ainsi que des forces étrangères comme l’Érythrée, dont les troupes ont soutenu le gouvernement éthiopien.

Bilan humain dramatique

Selon une étude publiée en septembre 2023 par des chercheurs américains et éthiopiens, la guerre civile en Éthiopie a causé la mort de plus de 500 000 personnes, principalement des civils. Ce chiffre dépasse largement les estimations initiales et fait de ce conflit l’un des plus meurtriers du XXIe siècle. Les violences incluaient des combats directs, des massacres ciblés, des famines provoquées par le blocage de l’aide humanitaire et des maladies liées aux déplacements massifs de population. Environ 2 millions de personnes ont été déplacées de force, et des milliers d’autres ont fui vers les pays voisins comme le Soudan. Les régions les plus touchées, comme le Tigré, ont subi des destructions massives d’infrastructures, d’hôpitaux et de systèmes d’approvisionnement en eau.

Causes profondes du conflit

Les origines de la guerre civile remontent à des décennies de rivalités politiques et ethniques en Éthiopie, un pays composé de plus de 80 groupes ethniques. Le conflit actuel trouve ses racines dans la prise de pouvoir par le TPLF en 1991, après la chute du régime marxiste de Mengistu Haile Mariam. Le TPLF a dominé la politique éthiopienne jusqu’en 2018, date à laquelle Abiy Ahmed, un Oromo (le plus grand groupe ethnique du pays), est devenu Premier ministre. Abiy a tenté de réformer le système politique en réduisant l’influence des partis ethniques régionaux, ce qui a provoqué des tensions avec le TPLF. En novembre 2020, le TPLF a attaqué des bases militaires fédérales, déclenchant la guerre. D’autres facteurs, comme la compétition pour le contrôle des ressources naturelles et les inégalités économiques entre régions, ont aussi joué un rôle.

Risque d'une nouvelle guerre

Malgré un accord de paix signé en novembre 2022 entre le gouvernement éthiopien et le TPLF, les tensions persistent et menacent de dégénérer en un nouveau conflit. Plusieurs éléments alimentent cette crainte. D’abord, l’accord de paix n’a pas été pleinement appliqué : des combats sporadiques continuent dans le Tigré, et des groupes armés locaux refusent de déposer les armes. Ensuite, les divisions politiques et ethniques restent profondes, avec des milices régionales comme les Forces de défense du Tigré (TDF) ou les Forces de défense de l’Amhara (ADF) qui maintiennent une présence militaire. Enfin, la situation économique du pays, aggravée par la guerre, la sécheresse et l’inflation, crée un terreau fertile pour les révoltes. Des analystes craignent qu’un incident local ne déclenche une nouvelle escalade.

Rôle des acteurs internationaux

La communauté internationale joue un rôle ambigu dans le conflit éthiopien. D’un côté, des pays comme les États-Unis, l’Union européenne et l’Union africaine ont tenté de négocier des accords de paix et d’envoyer une aide humanitaire. Par exemple, les États-Unis ont imposé des sanctions contre des responsables éthiopiens et érythréens accusés de violations des droits humains. De l’autre, certains pays, comme les Émirats arabes unis ou la Turquie, ont soutenu militairement ou économiquement le gouvernement éthiopien. L’Érythrée, dirigée par Isaias Afwerki, est un acteur clé : son armée a combattu aux côtés des forces éthiopiennes contre le TPLF, aggravant les tensions régionales. La Chine et la Russie, quant à elles, ont des intérêts économiques en Éthiopie, notamment dans les infrastructures, mais leur rôle dans le conflit reste limité.

Ce que ça pourrait changer

La guerre civile et ses séquelles ont plongé l’Éthiopie dans une crise humanitaire majeure. Selon l’**ONU**, plus de **20 millions de personnes** ont besoin d’une aide alimentaire urgente en 2023, en raison de la sécheresse, des déplacements de population et de la destruction des cultures. Les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar sont particulièrement touchées, avec des taux de malnutrition dépassant **30 %** chez les enfants de moins de cinq ans dans certaines zones. Les organisations humanitaires, comme le **Programme alimentaire mondial** (*PAM*), peinent à accéder aux populations en raison des combats et des restrictions imposées par les belligérants. La situation est aggravée par l’effondrement du système de santé, avec des milliers de centres médicaux détruits ou pillés.

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