Inutile d'accuser les smartphones, le niveau des élèves Français reculait déjà bien avant leur apparition
Accuser les écrans du recul du niveau des élèves arrange tout le monde, sauf que le calendrier ne colle pas. La baisse était déjà installée avant que les smartphones n'entrent dans les cartables.
Une enquête récente révèle que le niveau des élèves français en mathématiques et en français a commencé à baisser bien avant l’arrivée massive des smartphones dans les années 2010. Cette tendance s’observe dès les années 1980 et s’accélère dans les années 1990, avec une chute notable des performances en compréhension écrite et en calcul. Par exemple, entre 1987 et 2018, les résultats des élèves en mathématiques ont reculé de près de 20 points sur l’échelle de compétences utilisée par l’enquête. Cette baisse ne peut donc pas être attribuée uniquement aux smartphones, dont l’usage s’est généralisé bien plus tard.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin précoce du niveau scolaire en France. Les experts pointent notamment des réformes éducatives jugées inefficaces, comme la suppression des filières scientifiques en classe de première dans les années 1990, ou encore la réduction du temps consacré aux mathématiques et au français. D’autres causes incluent un manque de formation continue pour les enseignants, une augmentation des effectifs par classe sans ajustement des moyens pédagogiques, et une société qui valorise de moins en moins l’effort intellectuel. Ces éléments ont créé un environnement où les compétences de base ne sont plus suffisamment renforcées.
Bien que les smartphones ne soient pas la cause principale du déclin scolaire, leur arrivée a coïncidé avec une aggravation des difficultés. Les études montrent que leur utilisation intensive pendant les heures de cours ou en dehors perturbe la concentration et réduit le temps consacré aux devoirs. Par exemple, une enquête de 2023 indique que les élèves passant plus de 3 heures par jour sur leur téléphone voient leurs résultats chuter de 15 % en moyenne. Cependant, cette baisse reste moins marquée que celle observée avant leur apparition, confirmant que le problème est plus ancien et structurel.
La France n’est pas un cas isolé : d’autres pays développés connaissent une baisse similaire des compétences de base chez leurs élèves. Par exemple, aux États-Unis, les résultats en mathématiques ont reculé de 10 % entre 2000 et 2018 selon l’enquête Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Cependant, la France se distingue par une baisse particulièrement marquée en compréhension écrite, où elle a perdu 12 places dans le classement PISA entre 2000 et 2018. Cette comparaison souligne que le problème dépasse les frontières et nécessite des solutions globales.
Pour inverser cette tendance, plusieurs pistes sont explorées. Les experts recommandent de renforcer la formation des enseignants, notamment en mathématiques et en français, avec des programmes plus rigoureux. Une autre solution consiste à réduire les effectifs par classe, comme cela a été fait dans certains pays nordiques, où les résultats scolaires se sont améliorés. Enfin, des campagnes de sensibilisation auprès des familles pourraient encourager un usage plus modéré des écrans et un retour à des activités intellectuelles comme la lecture. Ces mesures visent à restaurer les bases essentielles à un apprentissage efficace.

