«Le récital des anges» : un premier disque pour Nicolas Ellis et l’Agora
Avec son premier album, sur une étiquette française, Nicolas Ellis met en valeur le compositeur Ian Cusson..
Vendredi 25 septembre 2025 sort Le récital des anges, le premier disque de l’Orchestre de l’Agora, fondé et dirigé par le chef d’orchestre Nicolas Ellis. Ce disque marque une étape importante pour cette jeune formation montréalaise, qui propose ici un programme mêlant des œuvres de Franz Schubert et du compositeur ontarien d’origine métisse Ian Cusson. L’album met en lumière deux jeunes talents de la scène lyrique canadienne : la mezzo-soprano Ema Nikolovska et la soprano Élisabeth St-Gelais. Le projet a été partiellement présenté en concert en septembre 2024 à la salle Bourgie de Montréal, en ouverture de la saison 2024-2025, dans le cadre d’un cycle dédié aux mélodies de Schubert.
Le disque est structuré en deux parties distinctes. La première, centrée sur Schubert, alterne entre des lieder (Le roi des aulnes orchestré par Hector Berlioz) et des extraits symphoniques comme le premier mouvement de la Symphonie inachevée (D. 759). Ian Cusson, compositeur canadien, a orchestré plusieurs mélodies de Schubert, dont Der Zwerg (Le nain) et Frühlingstraum (Rêve de printemps), révélant ainsi sa capacité à transposer l’intimité du lied pour orchestre. La seconde partie, intitulée Le récital des anges, est un cycle de six mélodies composées par Cusson en 2019 sur des poèmes d’Émile Nelligan, orchestrées en 2023. Ces œuvres, interprétées par Élisabeth St-Gelais, explorent des thèmes comme la mort et la spiritualité.
L’enregistrement a eu lieu entre septembre et novembre 2024 à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus à Montréal. L’acoustique de ce lieu offre une ambiance ample et flatteuse pour les voix, mais semble moins adaptée aux passages symphoniques, où l’orchestre et le chef perdent en précision. Nicolas Ellis souligne que l’atmosphère d’un concert en salle, avec un public réactif, est plus propice à la cohérence des programmes conceptuels que l’écoute à domicile. Par exemple, l’enchaînement de la Symphonie inachevée et du lied Der Zwerg prend tout son sens lors d’un concert, mais peut sembler moins logique pour un auditeur écoutant le disque seul.
Ema Nikolovska, mezzo-soprano canadienne, se distingue par la clarté et la puissance de son interprétation, notamment dans Der Zwerg et Frühlingstraum. Son parcours atypique, d’abord violoniste puis chanteuse, en fait une figure montante de la scène lyrique. Élisabeth St-Gelais, soprano, interprète le cycle Le récital des anges de Cusson, où elle explore des émotions subtiles, bien que l’absence des textes dans le livret du disque rende parfois la prononciation moins accessible. L’Orchestre de l’Agora, sous la direction de Nicolas Ellis, apporte des nuances et des phrasés remarquables, surtout dans des extraits comme le premier mouvement de la 5ᵉ Symphonie de Schubert.
Ce disque s’inscrit dans une volonté de valoriser la francophonie et le patrimoine musical canadien. L’éditeur Aparté, spécialisé dans la musique classique, a choisi de publier les notices en anglais et en français, reflétant une approche inclusive. Le genre de la mélodie avec orchestre reste sous-représenté dans les programmes symphoniques, souvent réduit aux Quatre derniers lieder de Richard Strauss. Le cycle Le récital des anges, inspiré par des poèmes d’Émile Nelligan, pourrait contribuer à élargir ce répertoire. La sortie du disque précède un concert de lancement à la salle Bourgie le 6 octobre 2025, où Élisabeth St-Gelais interprétera à nouveau le cycle de Cusson.
Le disque obtient une note de quatre étoiles sur cinq, saluant la qualité des interprétations et l’originalité du programme. Cependant, l’acoustique de l’église choisie pour l’enregistrement ne convient pas parfaitement aux passages orchestraux, où l’équilibre sonore est moins maîtrisé. Par ailleurs, l’absence des textes des mélodies de Cusson dans le livret limite l’accès à l’œuvre pour l’auditeur. Malgré ces réserves, *Le récital des anges* représente une belle introduction à l’univers de l’Orchestre de l’Agora et à la diversité des répertoires francophones et canadiens.

