Comme nous, les séquoias étouffent quand il fait trop chaud et finissent par rejeter le carbone qu'ils devaient capturer
Au-delà de 30 °C, la photosynthèse des séquoias côtiers chute nettement, même quand l'eau ne manque pas. La chaleur freinerait directement leur capacité à capter le carbone, selon une étude californienne..
Les séquoias, ces arbres emblématiques de Californie réputés pour leur longévité et leur taille impressionnante, sont aujourd’hui menacés par le réchauffement climatique. Longtemps considérés comme des puits de carbone infaillibles, capables d’absorber d’énormes quantités de CO₂ pour lutter contre l’effet de serre, ils montrent des signes de faiblesse face aux vagues de chaleur extrême. Ces arbres, qui peuvent vivre plusieurs milliers d’années, subissent un stress thermique similaire à celui des humains : lorsque la température dépasse un seuil critique, leur mécanisme de photosynthèse, essentiel pour capter le CO₂, se dérègle. Au lieu d’absorber le carbone, ils en rejettent, aggravant ainsi le problème climatique qu’ils étaient censés atténuer. Cette découverte remet en cause leur rôle traditionnel de protecteurs de l’environnement et souligne l’urgence d’agir contre le réchauffement.
Les chercheurs ont identifié un seuil de température au-delà duquel les séquoias deviennent contre-productifs. Lorsque le mercure dépasse 35 °C pendant plusieurs jours consécutifs, leur capacité à absorber le CO₂ s’effondre. Pire encore, ils commencent à libérer du carbone stocké dans leur bois et leurs feuilles, comme s’ils « étouffaient » sous la chaleur. Ce phénomène, appelé respiration inverse, est comparable à celui observé chez les humains en cas de coup de chaleur : le corps, au lieu de se refroidir, produit de la chaleur supplémentaire. Pour les séquoias, cela signifie que leur rôle de régulateur climatique s’inverse. Les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, comme celles observées en Californie ces dernières années, accélèrent ce processus et menacent leur survie à long terme.
Les canicules de plus en plus intenses et prolongées, liées au changement climatique, aggravent la situation des séquoias. En 2020, par exemple, des températures record ont été enregistrées en Californie, avec des pics à 45 °C dans certaines régions. Ces épisodes extrêmes ont provoqué des brûlures foliaires massives et une mortalité accrue parmi les jeunes arbres, mais aussi chez les spécimens adultes. Les séquoias, habitués à un climat méditerranéen, ne sont pas adaptés à de telles températures. Leur écorce épaisse, qui les protège normalement des incendies, devient un piège à chaleur. Résultat : leur métabolisme s’emballe, et leur capacité à stocker du carbone s’effondre, transformant ces géants en sources de CO₂ plutôt qu’en puits de carbone.
La dégradation des séquoias illustre un cercle vicieux lié au réchauffement climatique. Ces arbres, qui devraient jouer un rôle clé dans la lutte contre l’effet de serre, deviennent paradoxalement des acteurs de son aggravation. Leur déclin réduit la biodiversité des forêts californiennes, déjà fragilisées par les incendies et la sécheresse. De plus, la perte de ces écosystèmes emblématiques pourrait accélérer l’érosion des sols et la disparition d’espèces animales dépendantes de leur habitat. Les scientifiques craignent que ce phénomène ne se généralise à d’autres forêts tempérées, mettant en péril l’équilibre écologique mondial. Cette situation souligne l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour protéger ces espèces et les services écologiques qu’elles rendent.
Face à cette menace, les scientifiques et les gestionnaires forestiers explorent plusieurs pistes pour protéger les séquoias. L’une des solutions envisagées est la *restauration des écosystèmes* : en favorisant la diversité des espèces végétales, on peut réduire la pression sur les séquoias et améliorer leur résilience. Une autre approche consiste à *limiter les feux de forêt*, qui aggravent le stress thermique en brûlant les arbres et en réduisant l’ombre protectrice. Enfin, des programmes de *surveillance climatique* sont mis en place pour anticiper les vagues de chaleur et adapter les stratégies de conservation. Cependant, ces mesures restent limitées sans une réduction drastique des émissions mondiales de CO₂, car le réchauffement climatique dépasse déjà les capacités d’adaptation de ces arbres millénaires.

