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Généraliste

Quand les cadavres font avancer la science

Le Devoir · mis à jour 1 oct.

À l’Institut national d’anatomie, étudiants et professionnels de la santé peaufinent leurs connaissances sur la mort..

Un laboratoire unique

L’Institut national d’anatomie (INA) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est un laboratoire d’anatomie humaine créé en 1993 grâce à un programme actif de don de corps. Il sert à la fois à la formation des étudiants en sciences de la santé (médecine, physiothérapie, sciences infirmières, etc.), à l’entraînement des professionnels de santé et à la recherche. Environ 1 200 noms de donneurs sont inscrits à l’entrée du laboratoire, illustrant l’importance de ce programme. La maxime latine « Ici est le lieu où la mort est heureuse d’aider la vie », attribuée à l’anatomiste italien Giovanni Battista Morgagni au XVIIIe siècle, résume la philosophie de ce lieu. Les corps y sont préparés dans les 48 heures suivant le décès et embaumés pour éviter leur dessèchement, notamment grâce à une solution antibactérienne à base de thymol.

Méthodes d'embaumement

Plusieurs techniques d’embaumement sont utilisées selon l’usage prévu du corps. Pour l’enseignement en anatomie, la méthode classique utilise du formaldéhyde injecté dans les artères, suivi d’un stockage de neuf mois en chambre froide. Résultat : le corps devient rigide, la peau durcit et les organes se fixent. Pour les chirurgiens, la méthode Thiel (du nom de l’anatomiste autrichien Walter Thiel) maintient le corps souple, ce qui est idéal pour pratiquer des interventions délicates. Plus récemment, l’INA a développé un embaumement vert, sans produits chimiques toxiques, qui rend les corps aussi souples que des vivants. Cette technique a été adaptée pour les chirurgiens vasculaires grâce à un système de recirculation sanguine simulant des hémorragies. Pour la neurochirurgie, une solution de sel saturé est utilisée pour rendre le cerveau plus ferme.

Recherche médicale

L’INA participe à des projets de recherche internationaux, comme ceux du groupe CAVIAR (Cardiac Arrest and Ventilation International Association for Research), qui étudie l’amélioration des techniques de réanimation cardiorespiratoire. Les chercheurs ont découvert que le massage cardiaque, souvent pratiqué sur des cochons (dont la cage thoracique diffère de celle des humains), peut causer des lésions pulmonaires. En utilisant des corps embaumés avec la méthode Thiel, ils ont montré que l’ajout d’un ventilateur améliore l’efficacité de la réanimation et réduit ces risques. Ces avancées pourraient avoir un impact direct sur les protocoles de secours d’urgence.

Applications pratiques

L’INA sert aussi à tester de nouvelles techniques médicales avant leur application sur des patients. Par exemple, un otorhinolaryngologiste (ORL) y a pratiqué une greffe de larynx, tandis qu’un autre a expérimenté une opération à la base du crâne par endoscopie (technique utilisant un tube optique introduit par le nez). Une anesthésiste a utilisé l’INA pour affiner une technique d’anesthésie locale chez les personnes âgées, évitant ainsi une anesthésie générale risquée. Elle a combiné échographie et colorant pour localiser précisément les nerfs à endormir, puis a vérifié ses résultats par dissection. Ces exercices permettent de réduire les erreurs et d’améliorer la sécurité des patients.

Collections anatomiques

L’INA possède plusieurs collections pour l’enseignement et la recherche. Une salle abrite des os bouillis, nettoyés de leurs tissus mous, puis enduits d’un vernis pour les préserver. Chaque os est codé avec l’année du décès, l’âge et la cause du décès. Une autre collection regroupe des organes sains et pathologiques, conservés par plastification (technique allemande remplaçant les liquides corporels par du silicone). Une banque de cerveaux est en préparation en collaboration avec la Banque de cerveaux Douglas de l’Université McGill, qui se concentre sur les maladies psychiatriques et neurodégénératives. Toutes ces pièces sont incinérées après usage, sauf si le donneur a consenti à ce que son corps enrichisse définitivement les collections.

Ce que ça pourrait changer

Chaque année, une cérémonie est organisée pour honorer les donneurs dont les corps ont servi à l’enseignement et à la recherche. Ces personnes, en choisissant de donner leur corps à la science, contribuent indirectement à améliorer les soins de santé pour tous. Leurs cendres sont remises à leur famille au plus tard trois ans après le décès, sauf si le donneur a opté pour une conservation permanente au sein de l’INA. Cette pratique reflète une tradition ancienne en médecine, où l’étude des cadavres a toujours été essentielle pour comprendre le corps humain et perfectionner les techniques médicales.

Sujets complémentaires

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