En Syrie, le retour de la chanteuse Assala
Considérée comme l’une des grandes vedettes de la chanson dans le monde arabe, Assala Nasri a effectué un retour triomphal en Syrie après quinze d’exil. Le concert qu’elle a donné à Damas le 17 septembre était parrainé par le nouveau pouvoir, malgré une campagne orchestrée contre l’événement par des milieux islamistes radicaux..
Le 17 septembre 2026, la chanteuse syrienne Assala Nasri a donné son premier concert en Syrie après quinze ans d’exil, marquant un moment symbolique pour le pays. Agée de 57 ans, elle est considérée comme l’une des plus grandes artistes du monde arabe. Son retour a été salué comme un événement exceptionnel, décrit comme un miracle par la presse libanaise An-Nahar, avec une salle comble à Damas où elle a interprété des chansons de son nouvel album célébrant les quatorze provinces syriennes. Assala avait quitté la Syrie en 2011 après avoir soutenu le soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad, dont le pouvoir est tombé en décembre 2024. Son concert, parrainé par le ministère de la Culture syrien, a été marqué par une forte émotion, avec des applaudissements et des acclamations, ainsi que des larmes de la part de la chanteuse.
Le concert d’Assala a été bien plus qu’un simple événement musical : il a été présenté comme un symbole de la renaissance de la Syrie après des années de conflit. Le ministre de la Culture syrien, Mohammad Yassine Saleh, a participé à la soirée pour célébrer ce retour, le qualifiant de victoire des opprimés sur les oppresseurs et évoquant le retour de tout Syrien honnête et libre dans son pays. Assala elle-même a décrit ce moment comme une renaissance, au-delà d’un simple retour. Le concert a été organisé dans le palais des sports Al-Fayhaa à Damas, avec un dispositif de sécurité renforcé en raison des tensions persistantes. Ce retour est interprété comme une volonté de montrer une Syrie nouvelle, ouverte et unie, après la chute du régime précédent.
Malgré le soutien officiel, le concert a suscité une vive opposition de la part de milieux islamistes radicaux, notamment du prédicateur égyptien Hani Dahab, surnommé cheikh Al-Dhahabi, qui a mené une campagne contre l’événement. Ce dernier, connu pour ses prises de position rigoristes, a dénoncé la tenue de concerts comme contraire aux préceptes islamiques. D’autres groupes conservateurs ont relayé cette opposition, craignant que des événements culturels publics ne favorisent une société plus ouverte. Cette résistance illustre les tensions persistantes en Syrie entre les forces progressistes et les courants traditionalistes, dans un pays encore marqué par des divisions profondes.
Le retour d’Assala a mis en lumière les défis auxquels la Syrie post-Assad doit faire face, notamment la nécessité de préserver la paix sociale dans un pays sortant de plusieurs années de conflit. Un chroniqueur syrien, cité par le site Al-Modon, a souligné que laisser se propager des campagnes hostiles à des événements culturels pourrait engendrer des divisions difficiles à contenir. Le concert a ainsi été perçu comme un test pour la capacité du nouveau pouvoir à concilier différentes visions de la société syrienne, entre ouverture et conservatisme religieux. Les observateurs soulignent que la gestion de ces tensions sera cruciale pour éviter de nouvelles fractures dans le pays.
La Syrie de 2026 est un pays en pleine reconstruction après la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024, mettant fin à plus d’une décennie de guerre civile. Le nouveau pouvoir, issu de la révolution de 2011, tente de stabiliser le pays tout en gérant des défis majeurs : crise économique, divisions sociales et montée des courants islamistes. Dans ce contexte, le retour d’Assala, figure emblématique de la culture syrienne, est utilisé comme un outil symbolique pour renforcer l’image d’une Syrie unie et renaissante. Cependant, les tensions entre progressistes et conservateurs montrent que le chemin vers la réconciliation reste semé d’embûches.

