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Elles ont plus de 80 ans et plongent sans bouteille à plus de 15 mètres dans des eaux froides pour ramasser des coquillages

Science & Vie · mis à jour il y a 17 j

Sur la côte de Mie, des plongeuses de plus de 80 ans descendent en apnée chercher ormeaux et coquillages. Ces femmes de la mer perpétuent un métier vieux de deux mille ans, faute de relève..

Des plongeuses centenaires

Dans certaines régions du monde, des femmes âgées de plus de 80 ans pratiquent encore la plongée en apnée pour récolter des coquillages. Cette activité, appelée haenyeo en Corée du Sud, est une tradition féminine transmise depuis des générations. Ces plongeuses, surnommées les mermaids (sirènes) des mers froides, descendent jusqu’à 15 mètres de profondeur sans équipement de respiration artificielle, c’est-à-dire sans bouteille d’oxygène. Leur technique repose sur une longue apnée, souvent entre 1 et 3 minutes, et une parfaite maîtrise de leur corps pour résister au froid et à la pression. Leur objectif est de ramasser des coquillages, des oursins ou des algues, qu’elles revendent ensuite pour subvenir à leurs besoins ou compléter les revenus de leur famille.

Un savoir-faire ancestral

La pratique des haenyeo remonte à plus de 1 500 ans en Corée du Sud, où elle était initialement une activité économique majeure pour les communautés côtières. Aujourd’hui, ces plongeuses sont devenues un symbole culturel et une fierté nationale. Leur technique repose sur des méthodes traditionnelles, transmises oralement de mère en fille, et sur une connaissance approfondie des fonds marins. Elles utilisent des combinaisons en caoutchouc pour se protéger du froid, mais refusent souvent les équipements modernes comme les masques à oxygène, préférant s’appuyer sur leur expérience et leur endurance. Leur travail est à la fois un métier et un art, où la patience et la précision sont essentielles pour ne pas endommager les écosystèmes marins.

Un défi physique extrême

Plonger à 15 mètres sans équipement de respiration artificielle représente un défi physique majeur. À cette profondeur, la pression est environ 2,5 fois supérieure à celle de la surface, ce qui comprime les poumons et réduit la quantité d’oxygène disponible. Les haenyeo doivent donc gérer leur respiration avec une grande précision pour éviter l’essoufflement ou la perte de connaissance. Leur corps s’adapte naturellement à ces conditions grâce à une technique appelée mammalian dive reflex, qui ralentit leur rythme cardiaque et redistribue l’oxygène vers les organes vitaux. Malgré ces adaptations, cette activité reste risquée et exige une condition physique exceptionnelle, même à un âge avancé.

Un enjeu de préservation

Aujourd’hui, les haenyeo sont de moins en moins nombreuses, principalement en raison du vieillissement de la population et de la concurrence des méthodes modernes de pêche. Leur savoir-faire, reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2016, est menacé de disparition. Pourtant, leur travail joue un rôle écologique important : en récoltant les coquillages et les oursins de manière sélective, elles contribuent à préserver l’équilibre des écosystèmes marins. Leur méthode traditionnelle limite en effet les dommages causés aux fonds marins, contrairement aux techniques industrielles qui peuvent détruire les habitats. Des efforts sont en cours pour transmettre leur savoir aux générations futures et maintenir cette tradition vivante.

Ce que ça pourrait changer

Les *haenyeo* incarnent une forme de résilience et d’autonomie, notamment dans un contexte où les femmes âgées sont souvent marginalisées dans de nombreuses sociétés. Leur activité leur permet de rester actives, indépendantes financièrement et socialement intégrées. En Corée du Sud, elles bénéficient d’un statut particulier et sont souvent célébrées comme des figures emblématiques de la culture locale. Leur histoire montre comment une tradition peut s’adapter aux défis modernes tout en conservant son essence. Leur exemple inspire également des recherches scientifiques sur la longévité et les capacités physiques exceptionnelles des personnes âgées, prouvant que l’âge n’est pas un frein à l’endurance et à la performance.

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