Le coût social de la « dette au feu »
Pourquoi ce sont toujours les pauvres qui paient les défauts souverains… et comment les riches s’en tirent..
L’article évoque la tentation, chez certains partis politiques français, de recourir à des solutions radicales pour gérer la dette publique, comme la brûler, la congeler, la restructurer ou la monétiser. Ces propositions, souvent inspirées par l’histoire ou des références techniques complexes, visent à réduire le poids de la dette sans augmenter les impôts ou réduire les dépenses. Par exemple, le Rassemblement National et La France Insoumise évoquent des mécanismes comme l’audit citoyen de la dette ou la monétisation via la Banque centrale européenne. Ces idées, bien que séduisantes pour une partie de l’électorat, sont présentées comme des solutions simplistes qui ignorent les conséquences économiques et sociales réelles. Les auteurs soulignent que ces approches, si elles étaient mises en œuvre, pourraient entraîner une crise de la dette et une confrontation avec les institutions européennes.
L’article rappelle que les crises de dette souveraine (lorsqu’un État ne peut plus rembourser ses créanciers) ont des conséquences bien plus graves que les simples krachs boursiers. Contrairement à ces derniers, qui n’affectent que les patrimoines des plus riches, une crise de dette entraîne une perte de confiance durable dans l’État, forçant une réduction drastique des services publics et des revenus des citoyens. La France n’a pas connu de défaut souverain depuis 1799, et un tel scénario serait catastrophique. Les auteurs insistent sur le fait qu’un défaut de paiement n’est jamais recherché, mais toujours subi, et qu’il entraîne un recul économique et social d’une génération, tout en aggravant les inégalités.
La monétisation de la dette, c’est-à-dire le financement des déficits publics par la création monétaire (via la planche à billets), est présentée comme une solution miracle par certains partis politiques. Cependant, l’article rappelle que cette pratique a historiquement toujours conduit à l’inflation et à la dévaluation de la monnaie. L’auteur cite 66 épisodes historiques, de la Rome antique au Zimbabwe, où cette méthode a provoqué des crises économiques majeures. En France, la création monétaire est aujourd’hui contrôlée par la Banque centrale européenne (BCE), indépendante des gouvernements, pour éviter ces dérives. Une telle mesure, si elle était appliquée unilatéralement, isolerait la France et déclencherait une crise au sein de la zone euro.
L’article explique que les krachs boursiers, contrairement aux crises de dette souveraine, ont un impact limité sur l’économie réelle en France. Cela s’explique par deux raisons principales : d’abord, 54 % des actions cotées sur Euronext sont détenues par des acteurs étrangers, et 50 % du CAC 40 également. Ensuite, le patrimoine financier des ménages français est extrêmement concentré : le Top 5 % possède près de 50 % du patrimoine financier total, et le Top 10 %, 64 %. Ainsi, une baisse des marchés boursiers touche principalement les plus riches, sans impacter significativement la consommation ou l’économie réelle. Les auteurs soulignent que les krachs boursiers en France n’ont pas d’effet Pigou (baisse de la consommation liée à la perte de richesse), car ils ne touchent pas les retraites ni les ménages les plus modestes.
En 2021, le stock de titres de dette émis par des résidents français s’élevait à environ 4 500 milliards d’euros, dont un peu plus de la moitié pour les administrations publiques. Cette dette est détenue à parts égales entre résidents et non-résidents. La maturité moyenne des obligations est de 7,5 ans. Une hausse des taux d’intérêt de 3 points entraînerait une baisse de valeur de ces obligations d’environ 25 %. Par exemple, si les taux passent de 1 % à 4 %, une obligation à 10 ans perdrait 25 % de sa valeur. Les auteurs soulignent que le krach obligataire a déjà eu lieu, avec une remontée des taux de 1 % à plus de 4 %, ce qui a mécaniquement réduit la valeur des obligations existantes.
L’article insiste sur le rôle central des banques centrales, comme la Banque centrale européenne (BCE), dans la gestion de la dette et de la création monétaire. Ces institutions, indépendantes des gouvernements, fixent les taux d’intérêt et la quantité de monnaie en circulation en fonction des besoins de l’économie. Leur objectif est d’éviter les dérives inflationnistes tout en soutenant la croissance. L’article critique l’idée que des décisions politiques, comme la monétisation de la dette, pourraient remplacer ce rôle. Il rappelle que la quantité de monnaie à créer n’est pas un sujet de débat démocratique, mais une question technique confiée à des experts pour éviter les erreurs passées, comme celles commises par Philippe le Bel ou John Law en France.
L’article souligne que les crises de dette souveraine aggravent les inégalités sociales. Contrairement aux krachs boursiers, qui touchent principalement les plus riches, une crise de dette entraîne une réduction des services publics et une baisse des revenus des ménages les plus modestes. Les auteurs citent l’exemple de la France, où les retraites sont organisées par répartition, et où les ménages les plus pauvres dépendent davantage des services publics. Une crise de dette forcerait l’État à réduire ses dépenses, ce qui pénaliserait en premier lieu les plus vulnérables. Les riches, eux, parviennent généralement à protéger leur patrimoine, par exemple en plaçant leur argent à l’étranger ou en investissant dans des actifs moins exposés.
L’article propose des solutions alternatives pour gérer la dette publique sans recourir à des mesures radicales comme la monétisation ou le défaut. Il rappelle que l’État doit préserver son crédit, car un défaut de paiement aurait des conséquences désastreuses. Les auteurs suggèrent plutôt des mesures structurelles, comme la réduction des inégalités fiscales, une meilleure gestion des dépenses publiques ou des réformes pour stimuler la croissance économique. Ils soulignent que ces solutions, bien que moins spectaculaires, sont plus durables et évitent les risques systémiques. L’objectif est de rétablir la confiance dans la signature de l’État et de garantir la stabilité économique à long terme.

