« Avec ses résumés rédigés par l’IA, Google ne vous redirige plus : il vous garde chez lui grâce à la marchandise des autres »
Depuis le 22 juillet en France, les « aperçus IA » s’affichent en haut de chaque page de résultats du moteur de recherche. En captant la valeur produite par d’autres, le géant numérique se livre à une pratique parasitaire, explique l’avocat Cédric Dubucq, dans une tribune au « Monde »..
Google a récemment lancé une fonctionnalité utilisant l’intelligence artificielle (IA) pour générer des résumés automatiques des articles de presse. Cette technologie, appelée Google AI Overviews, analyse le contenu des pages web et en extrait les points essentiels sous forme de paragraphes synthétiques. L’objectif affiché est d’améliorer l’expérience utilisateur en lui fournissant rapidement les informations clés sans avoir à consulter l’article complet. Cependant, cette innovation soulève des questions sur son impact économique et éthique pour les médias traditionnels.
Avant l’arrivée de ces résumés, les utilisateurs qui effectuaient une recherche sur Google étaient redirigés vers les sites d’origine pour consulter les articles. Désormais, avec les résumés générés par l’IA, les internautes obtiennent directement les informations sur la page de résultats de Google. Ce changement réduit significativement le trafic vers les sites de presse, privant les médias de revenus publicitaires essentiels. Selon une étude citée dans l’article, certains éditeurs pourraient perdre jusqu’à 30 % de leur audience en ligne, mettant en péril leur modèle économique déjà fragile.
L’article souligne que Google tire profit du contenu produit par d’autres (les médias, les journalistes, les éditeurs) sans leur reverser une compensation équitable. Les résumés générés par l’IA reposent sur l’exploitation des articles publiés par ces acteurs, souvent payants ou issus de rédactions indépendantes. Cette pratique est qualifiée de marchandise des autres car elle permet à Google de capter l’attention des utilisateurs et de monétiser leur temps passé sur sa plateforme, sans partager les bénéfices avec les créateurs de contenu. Le géant du numérique renforce ainsi son monopole sur l’information en ligne.
Les médias dépendent largement des revenus publicitaires pour financer leur activité. Avec la baisse du trafic vers leurs sites, leurs recettes s’effondrent, ce qui les oblige à réduire leurs effectifs ou à fermer. L’article mentionne que cette situation aggrave la concentration du secteur de la presse, déjà dominé par quelques grands groupes. Les petits éditeurs et les médias locaux sont particulièrement vulnérables, car ils n’ont pas les ressources pour rivaliser avec les géants du numérique comme Google ou les réseaux sociaux.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour demander une régulation plus stricte des pratiques de Google. L’Union européenne a déjà adopté des lois comme le *Digital Markets Act* (DMA), qui vise à limiter le pouvoir des grandes plateformes numériques et à garantir une rémunération équitable pour les créateurs de contenu. Cependant, l’application de ces règles reste complexe, et les négociations entre Google et les éditeurs de presse se poursuivent. L’article souligne l’urgence d’agir pour préserver la diversité de l’information et l’indépendance des médias.

