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Société

Vous avez perdu des amis à la trentaine? C'est normal

Slate FR · mis à jour il y a 12 j

Passé le tumulte des études et des premières années de vie professionnelle, les amitiés évoluent. À la trentaine, la parentalité, les changements de mode de vie et une connaissance plus fine de soi conduisent à privilégier des relations moins nombreuses, mais plus choisies..

Amitiés en mutation

Les amitiés évoluent significativement après la vingtaine, passant d’une logique de quantité à une recherche de qualité. Une étude américaine de 2015 montre qu’à 20 ans, les individus privilégient les interactions sociales nombreuses, avec des rencontres fréquentes et des cercles d’amis larges. En revanche, vers 30 ans, le cercle se resserre naturellement, avec une préférence pour des relations plus profondes et significatives. Cette transformation s’explique par des changements de priorités, comme l’entrée dans la vie active ou la parentalité, qui réduisent le temps disponible pour entretenir un grand nombre de liens. Les amitiés de l’adolescence, souvent intenses, laissent place à des relations plus sélectives, adaptées aux nouvelles étapes de la vie.

Parentalité et cercle social

La naissance d’un enfant, souvent autour de 31 ans pour les femmes et 34 ans pour les hommes en France selon l’Insee, marque un tournant majeur dans les amitiés. Les parents disposent de moins de temps et recentrent leurs relations sur leur cercle proche, privilégiant les échanges avec d’autres parents ou des amis partageant les mêmes expériences. Par exemple, Lucie, 34 ans et mère de deux enfants, organise désormais des rencontres avec des amis ayant aussi des enfants, ce qui simplifie l’organisation et rend les échanges plus fluides. Cependant, cette évolution peut aussi créer des décalages avec des amis sans enfants, dont les priorités et les centres d’intérêt diffèrent, comme le souligne Mathilde, 35 ans, qui a dû chercher de nouvelles amitiés plus alignées avec ses valeurs.

Connaissance de soi et amitiés

À la trentaine, la connaissance de soi s’affine, ce qui influence directement les choix relationnels. Les expériences vécues permettent de mieux identifier les types de relations qui correspondent à ses besoins et à ses limites. Rafael, 33 ans, explique que cette prise de conscience l’a aidé à reconnaître les échanges les plus agréables et adaptés à ses attentes. Mathilde, 35 ans, ajoute que certaines amitiés, autrefois évidentes, peuvent être remises en question, tandis que d’autres, plus récentes, sont privilégiées. Cette période se caractérise par une approche plus lucide des relations, où les choix amicaux sont faits avec davantage d’intentionnalité et de discernement.

Différences hommes-femmes

Les amitiés des hommes et des femmes diffèrent notablement, notamment dans la manière dont elles sont vécues et entretenues. Une étude américaine de 2021 révèle que 30 % des hommes ont partagé leurs sentiments ou problèmes avec un ami dans la semaine précédente, contre 48 % des femmes. Les amitiés masculines se consolident souvent autour d’activités comme le sport ou les jeux, et évitent les discussions intimes. Thomas Messias, journaliste et auteur, souligne que ces liens reposent sur des préoccupations communes, comme la séduction ou les loisirs, plutôt que sur l’intimité. À l’inverse, les femmes construisent des relations basées sur la sororité et le soutien émotionnel, notamment dans les moments difficiles. De plus, les femmes conservent davantage de relations amicales avec l’âge, selon le sociologue Timothée Chabot.

Amitié comme alternative familiale

Dans un contexte où le modèle traditionnel de la famille nucléaire est de plus en plus questionné, certaines personnes choisissent de donner une place centrale aux amitiés, voire de les officialiser par des cérémonies d’«amirage». Ces unions amicales, encore marginales, visent à célébrer un engagement platonique et à interroger la hiérarchie des relations sociales. Alice Raybaud, autrice de l’essai Nos puissantes amitiés, cite l’exemple de Mathilde et Charlotte, deux amies trentenaires ayant célébré leur amirage devant 80 proches. Timothée Chabot, sociologue, indique que ce phénomène progresse lentement et qu’il est difficile de prédire s’il deviendra une tendance majeure. Par ailleurs, des initiatives politiques émergent, comme l’essai Pour une politique de l’amitié de la députée Clémence Guetté, qui propose d’accorder de nouveaux droits aux amis, reflétant une reconnaissance croissante de l’importance des liens non familiaux.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les changements de forme et de rythme, l’amitié reste un pilier du quotidien, même à la trentaine. Tal Madesta, auteur de *Désirer à tout prix*, la décrit comme *«des passions amoureuses qui n’ont pas besoin de sexe pour se maintenir»*. Cette définition souligne que l’amitié, bien que transformée par les étapes de la vie, ne disparaît pas. Elle s’adapte aux nouvelles priorités, comme la parentalité ou la carrière, et peut même prendre des formes alternatives, comme l’amirage. En somme, l’amitié à la trentaine n’est pas un déclin, mais une évolution vers des relations plus authentiques et alignées avec ses valeurs et son mode de vie.

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