Pas si cubaines, les épiceries publiques
La proposition n’existe pas dans un vase clos, elle a des précédents, et Québec solidaire n’a rien inventé..
Les épiceries publiques ne sont pas une idée nouvelle ni exclusive à Cuba ou à des régimes politiques spécifiques. Au Québec, les marchés publics comme le marché Jean-Talon à Montréal en sont des exemples concrets. Ces marchés sont des infrastructures municipales gérées depuis 1993 par la Société des marchés publics de Montréal, un organisme sans but lucratif. Leur mission est de faciliter l’accès des produits locaux aux consommateurs. Contrairement à une idée reçue, ces marchés ne sont pas des commerces de détail gérés directement par le gouvernement, mais leur existence montre que les gouvernements municipaux jouent déjà un rôle dans la distribution alimentaire. La Ville de Montréal reste propriétaire des lieux et investit pour les maintenir ouverts toute l’année et les agrandir.
Les marchés publics introduisent un élément de concurrence dans le secteur alimentaire, ce qui peut influencer les prix pratiqués par les détaillants privés. Par exemple, si un marché public vend des tomates à un prix inférieur à celui d’une épicerie privée comme Loblaw, cette dernière pourrait voir ses stocks invendus. Cependant, l’impact reste limité car l’offre des marchés publics se limite souvent à des produits de saison et locaux. Pour élargir leur rôle, il faudrait une offre plus complète, incluant des produits essentiels toute l’année. Ce modèle, inspiré par des projets comme celui de Zohran Mamdani à New York, vise à ajouter un acteur public sans remplacer les épiceries privées.
Le plan Mamdani, proposé lors de la campagne à la mairie de New York, suggère la création d’épiceries publiques gérées par la Ville. L’objectif est de libérer des terrains, offrir des subventions pour réduire les prix des aliments essentiels, fixer des normes de qualité et de transparence, et superviser les installations. La gestion quotidienne serait confiée à des tiers expérimentés dans le commerce de détail. Ce projet a déjà inspiré d’autres villes, comme Toronto, qui a adopté en mars une résolution pour déployer un modèle similaire dans des quartiers touchés par l’insécurité alimentaire. Aucune échéance n’est encore fixée pour sa mise en œuvre.
Un des avantages majeurs des épiceries publiques est leur capacité à réaliser des économies d’échelle. Plus un acheteur est important, plus il peut négocier des prix avantageux en achetant en gros. Par exemple, les commissariats de la défense de l’armée américaine vendent des produits alimentaires et domestiques à des prix environ 25 % moins élevés que les épiceries privées. Cela attire même des vétérans qui continuent de s’approvisionner dans ces magasins. Des chercheurs du Centre canadien de politiques alternatives ont proposé un modèle similaire pour le Canada, appelé « Costco-plus-local », qui permettrait de rivaliser avec les grandes enseignes comme Walmart ou Loblaw.
L’article souligne que l’initiative des épiceries publiques pourrait être plus efficace si elle était mise en place à une échelle plus large, comme au niveau pancanadien ou provincial. Le gouvernement provincial est déjà un acheteur important de denrées pour les écoles et les hôpitaux, ce qui lui permettrait de négocier des prix avantageux. Les municipalités, quant à elles, pourraient renforcer les marchés publics existants pour mieux répondre à la crise de l’insécurité alimentaire. Plusieurs acteurs, à différents niveaux de gouvernement, pourraient ainsi contribuer à ce projet, ce qui affaiblirait le pouvoir des grandes chaînes alimentaires privées.
La proposition d’*épiceries publiques* a été avancée par plusieurs acteurs politiques au Canada. Québec solidaire (QS) et Ruba Ghazal en ont fait une priorité, mais l’idée n’est pas nouvelle et s’inspire de précédents internationaux. Le texte mentionne aussi Avi Lewis, qui a porté cette idée lors de la course à la chefferie du Nouveau Parti démocratique (NPD). L’article souligne que ces initiatives ne sont pas réservées à un seul parti ou idéologie, mais répondent à un besoin concret de rendre l’alimentation plus accessible et abordable pour les citoyens.

