La campagne électorale où la culture est audible
La culture «n’est pas la grande oubliée habituelle de cette campagne», souligne une députée libérale..
Pour la première fois lors d'une campagne électorale québécoise, les enjeux culturels occupent une place centrale dans les débats publics. Selon Éric Lord, directeur de Culture Mauricie et travailleur culturel depuis 1998, cette visibilité inédite marque un tournant. Madwa-Nika Cadet, députée libérale et porte-parole en matière de culture, confirme que la culture n'est plus « la grande oubliée habituelle » des élections. Ce changement s'observe notamment à travers les discussions sur des sujets comme la guerre commerciale avec les États-Unis, l'échec des négociations de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) pour des raisons culturelles, ou encore l'impact de l'intelligence artificielle générative et des géants du numérique (GAFAM). Ces thèmes, autrefois marginaux, sont désormais politisés et intégrés aux débats électoraux.
La mobilisation du milieu culturel québécois est un facteur clé de cette visibilité. Depuis la crise des arts de 2025, plusieurs acteurs se sont unis sous la bannière du Front commun pour les arts, qui rassemble des revendications communes à travers différentes disciplines (théâtre, danse, festivals, littérature, etc.). Cette coordination, autrefois fragmentée, permet une voix plus forte et plus cohérente. Éric Lord souligne que les conseils régionaux de la culture se sont également mobilisés, renforçant l'impact politique de ces revendications. Cette unité contraste avec les mobilisations passées, comme le Mouvement pour les arts et les lettres des années 2000, qui privilégiait des actions plus radicales et moins consensuelles. Aujourd'hui, les leaders du milieu culturel adoptent un style plus stratégique et inclusif, ce qui a permis d'obtenir des promesses électorales mieux alignées sur les besoins réels du secteur.
Les principaux partis politiques québécois ont présenté des engagements variés en matière de culture pour les élections de 2026. La Coalition avenir Québec (CAQ) met en avant ses réalisations passées, comme la modernisation de la Loi sur le statut de l’artiste, la Stratégie québécoise de l’audiovisuel ou les budgets pour les sorties culturelles et les achats de livres à l’école. Le Parti libéral du Québec (PLQ) propose de faire de la lecture une priorité nationale, avec notamment l'offre d'un livre jeunesse québécois en français à tous les élèves du primaire chaque année. Le Parti Québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) se distinguent par des promesses plus ambitieuses : le PQ propose un budget de 200 millions d’euros sur cinq ans pour le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), tandis que QS propose de doubler ce budget à 400 millions d’euros par an et d'ajouter 180 millions d’euros pour la Société de développement des entreprises culturelles. Les deux partis s'engagent également à créer un filet social pour les artistes, avec des approches différentes.
Plusieurs partis proposent des mesures ciblées pour soutenir les artistes et la création culturelle. Le PQ et QS ont tous deux annoncé la mise en place d'un filet social pour les artistes, une demande récurrente du milieu. Le PQ s'engage à soutenir les travaux de Compétence culture pour renforcer ce filet, tandis que QS propose un projet pilote de filet social national indépendant de l'assurance-emploi fédérale, avec une enveloppe de 130 millions d’euros pour tester l'idée au Québec. Le PQ se distingue également par son engagement à protéger le patrimoine bâti avec une révision de la Loi sur le patrimoine culturel et un moratoire sur la destruction de tout patrimoine bâti antérieur à 1850. QS propose une Passe-culture pour les jeunes de 12 à 18 ans, offrant 75 euros par an à dépenser dans des livres, spectacles ou musées, ainsi qu'une formule « deux pour un » pour les billets de spectacles des moins de 25 ans. Le PLQ mise sur la gratuité dans les musées le premier dimanche du mois, une idée initialement lancée puis abandonnée par la CAQ.
Les partis politiques abordent également la question du financement et de l'accès à la culture, notamment pour les jeunes. Le *PQ* et le *PLQ* s'engagent à protéger les budgets alloués à la culture dans les écoles, garantissant que l'argent soit utilisé exclusivement pour des sorties culturelles, des artistes invités ou l'achat de livres. Le PQ propose de réinstaurer la *gratuité dans les musées* le premier dimanche du mois, tandis que QS souhaite relancer la *Passe-culture* abandonnée par la CAQ. Le PLQ mise sur une mesure symbolique : offrir un *livre jeunesse québécois en français* à tous les élèves du primaire à la fin de chaque année scolaire. Ces propositions visent à renforcer l'accès à la culture dès le plus jeune âge, un enjeu souvent souligné par les acteurs du milieu. Le *Parti conservateur du Québec (PCQ)* reste en retrait sur ces questions, n'ayant présenté aucun engagement spécifique en faveur des arts ou de la culture.

