À Berlin, les conservateurs battus par Elif Eralp
Arrivée en tête de l’élection régionale à Berlin, la candidate du parti de gauche radicale Die Linke, Elif Eralp, devance les chrétiens-conservateurs de près de 7 points. La victoire de celle qui a placé la crise du logement au cœur de sa campagne ne doit toutefois pas faire oublier la percée du parti d’extrême droite AfD dans deux autres Länder, prévient la “Tageszeitung”..
Elif Eralp, candidate du parti de gauche radicale Die Linke, a remporté l’élection régionale à Berlin le 20 septembre 2026 avec 26 % des voix. Elle devance de près de 7 points la CDU, le parti chrétien-conservateur sortant dirigé par Kai Wegner, qui obtient 19 % des suffrages. Cette victoire marque un tournant politique à Berlin, une ville souvent considérée comme un laboratoire des idées progressistes en Allemagne. Elif Eralp, d’origine turque, incarne une nouvelle génération de dirigeants de gauche, avec un profil marqué par son engagement sur les questions sociales. Son élection s’appuie sur une campagne axée sur la crise du logement, un enjeu majeur pour les Berlinois, où les loyers ont augmenté de 70 % en dix ans.
Parmi les mesures phares portées par Elif Eralp figure la proposition d’exproprier les grandes sociétés immobilières pour nationaliser 220 000 logements à Berlin. Cette idée, symboliquement forte, vise à lutter contre la spéculation immobilière et à rendre le logement plus accessible. Le parti Die Linke ("la gauche" en allemand) est un parti politique allemand fondé en 2007, issu de la fusion entre le Parti du socialisme démocratique (PDS, héritier du parti communiste de l’ex-RDA) et une partie de la gauche du Parti social-démocrate (SPD). Il se positionne comme un parti de gauche radicale, défendant des politiques sociales, écologiques et anti-capitalistes. À Berlin, cette proposition a résonné avec une partie de l’électorat, lassée par la hausse des loyers et la pénurie de logements abordables.
La victoire d’Elif Eralp à Berlin confirme la réputation de la ville comme un bastion du progressisme en Allemagne. Berlin est souvent perçue comme un espace où les idées innovantes, notamment en matière de politiques sociales et écologiques, sont testées avant d’être éventuellement adoptées ailleurs dans le pays. Cette élection pourrait permettre à la gauche de former une coalition gouvernementale à Berlin, une première avec une femme issue de l’immigration à sa tête. Cependant, le quotidien Tageszeitung (TAZ), un journal de gauche allemand, qualifie cette victoire de "victoire en trompe-l’œil", soulignant que cette avancée ne doit pas occulter d’autres dynamiques politiques en Allemagne.
Le même jour que l’élection berlinoise, l’extrême droite allemande a réalisé une percée historique dans deux autres Länder : la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Le parti AfD (Alternative für Deutschland, "Alternative pour l’Allemagne"), classé à l’extrême droite, est arrivé en tête dans ces deux régions avec des scores inédits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. À Berlin, l’AfD a également progressé, obtenant 16,3 % des voix contre 9 % en 2023, soit presque le double. Cette montée en puissance de l’extrême droite, couplée à la victoire de la gauche radicale à Berlin, illustre une polarisation croissante du paysage politique allemand.
Ces élections régionales s’inscrivent dans un contexte politique national tendu pour les conservateurs allemands. Friedrich Merz, président de la CDU, fait face à une série de défaites électorales successives, malgré ses efforts pour moderniser le parti. La CDU, traditionnellement dominante en Allemagne, est désormais talonnée par des partis plus radicaux, à gauche comme à droite. Ces résultats pourraient affaiblir la position de Merz et relancer les débats internes sur l’orientation du parti conservateur. Par ailleurs, la sociale-démocrate Manuela Schwesig, candidate à sa réélection en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, devrait pouvoir continuer à gouverner grâce à des alliances, mais son score reste serré face à l’*AfD*.

