Coût des emprunts : l’Union africaine lance sa propre agence de notation
L’instance a lancé, mercredi 7 octobre, l’Afcra, sa propre agence de notation de crédit. Une initiative qui intervient alors que les agences internationales sont régulièrement accusées de surestimer le risque africain, gonflant mécaniquement le coût des emprunts pour les États et entreprises du continent.
L’Union africaine (UA) a officiellement lancé, le 7 octobre 2026 à Port-Louis (Maurice), sa propre agence de notation de crédit, baptisée Africa Credit Rating Agency (Afcra). Cette initiative vise à concurrencer les trois grandes agences internationales que sont S&P, Moody’s et Fitch, surnommées les Big Three. Ces dernières jouent un rôle clé dans l’économie mondiale en évaluant la capacité des États et des entreprises à rembourser leurs dettes. Leurs notes influencent directement le coût des emprunts : plus une entité est considérée comme risquée, plus les taux d’intérêt demandés par les investisseurs sont élevés. L’Afcra a pour objectif de proposer une alternative africaine à ces agences, souvent critiquées pour leur partialité envers le continent.
Les agences de notation évaluent la solvabilité des emprunteurs, c’est-à-dire leur capacité à rembourser une dette. Elles attribuent des notes sous forme de lettres et de symboles (comme AAA pour la meilleure note ou D pour un défaut de paiement). Ces évaluations déterminent le coût des emprunts : un État ou une entreprise noté BBB (note moyenne) paiera des taux d’intérêt plus élevés qu’un emprunteur noté AAA (note maximale). Actuellement, la Banque africaine de développement bénéficie de la note AAA auprès des agences occidentales, ce qui lui permet d’emprunter à moindre coût. En revanche, les pays africains sont souvent notés plus sévèrement, ce qui renchérit le prix de leurs emprunts sur les marchés obligataires, où les États et entreprises lèvent des fonds en émettant des obligations.
Les agences internationales sont régulièrement accusées de surestimer le risque africain, c’est-à-dire de sous-évaluer la capacité des pays ou entreprises du continent à rembourser leurs dettes. Selon African Business, cette pratique peut rendre l’emprunt jusqu’à quatre fois plus cher pour les États et entreprises africains. Par exemple, un pays noté BB- par une agence occidentale paiera des taux d’intérêt bien plus élevés qu’un pays noté BB- par une agence locale mieux informée. Cette surévaluation limite les financements disponibles pour des projets d’infrastructures (routes, hôpitaux, centrales électriques) ou le développement d’entreprises, car les coûts de la dette deviennent prohibitifs. L’Afcra cherche donc à corriger ce biais en proposant des évaluations plus adaptées au contexte africain.
La création de l’Afcra représente une étape majeure pour l’autonomie financière du continent. En réduisant la dépendance aux *Big Three*, l’Union africaine espère attirer davantage d’investisseurs et réduire le coût de la dette pour ses membres. Cependant, un défi majeur attend cette nouvelle agence : *convaincre les investisseurs de sa crédibilité*. Pour cela, l’Afcra devra démontrer sa transparence, son indépendance et sa capacité à fournir des évaluations fiables. Si elle réussit, elle pourrait permettre à l’Afrique de financer plus facilement des projets de développement, tout en limitant l’influence des agences étrangères sur ses politiques économiques. La presse africaine souligne que cette initiative mérite une attention particulière, car elle pourrait redéfinir les règles du jeu en matière de notation financière sur le continent.

