Le gouvernement Carney veut privatiser les opérations des grands aéroports canadiens
Le gouvernement conserverait toutefois « la propriété des terrains et des actifs sous-jacents »..
Le gouvernement canadien dirigé par le premier ministre Mark Carney a annoncé son intention de privatiser l'exploitation des quatre plus grands aéroports du pays, dont l'aéroport Montréal-Trudeau. Cette décision signifie que des investisseurs privés prendront en charge la gestion quotidienne de ces infrastructures, tout en apportant des capitaux et une expertise supplémentaire. Le gouvernement conservera cependant la propriété des terrains et des actifs sous-jacents, ce qui signifie qu'il restera propriétaire des infrastructures elles-mêmes. L'objectif affiché est de mobiliser des dizaines de milliards de dollars de capitaux privés pour financer des infrastructures essentielles au Canada, comme des aéroports régionaux ou un réseau à haut débit reliant les océans Pacifique, Atlantique et Arctique.
Le gouvernement Carney justifie cette privatisation par la volonté de réinvestir les fonds mobilisés dans des infrastructures prioritaires pour le Canada. Parmi ces projets figurent l'amélioration des liaisons aériennes régionales et éloignées, afin d'offrir des trajets plus abordables et de meilleure qualité aux passagers. Une partie des capitaux sera également consacrée à moderniser les infrastructures de transport local, comme les routes ou les transports en commun, pour faciliter les déplacements quotidiens des Canadiens. Enfin, le gouvernement prévoit d'investir dans un réseau souverain à haut débit, destiné à relier les Canadiens d'un océan à l'autre et à renforcer les liens avec l'Europe et l'Asie. Cette initiative s'inscrit dans une logique de développement économique national.
Le premier ministre Mark Carney a souligné que les caisses de retraite canadiennes investissent déjà dans des aéroports à l'étranger, notamment aux États-Unis et en Australie. L'idée est donc de ramener cette expertise au Canada pour en faire bénéficier les aéroports nationaux. En confiant la gestion de ces infrastructures à des investisseurs privés, le gouvernement espère attirer des capitaux supplémentaires et des compétences en gestion, tout en permettant aux caisses de retraite de diversifier leurs placements. Cette approche s'appuie sur le modèle déjà utilisé dans d'autres pays, où les fonds de pension jouent un rôle clé dans le financement des infrastructures.
L'annonce s'inscrit dans la continuité des engagements pris par le gouvernement Carney dans son budget de novembre 2025. À cette époque, le gouvernement avait déjà évoqué la possibilité de privatiser des aéroports, sans préciser quels seraient les quatre concernés. En mai 2026, le premier ministre avait réitéré cette intention en déclarant que des options étaient étudiées pour que les aéroports servent mieux les Canadiens et que le capital associé soit redéployé vers d'autres projets économiques. La privatisation nécessitera cependant des modifications législatives pour donner au gouvernement fédéral l'autorité nécessaire à la mise en œuvre de ce plan.
Le projet de privatisation a suscité une forte opposition de la part des syndicats, notamment Unifor, qui représente les travailleurs du secteur de l'aviation. Le syndicat a organisé une manifestation à Toronto pour dénoncer cette décision, affirmant que la privatisation des aéroports n'est pas la voie à suivre pour le Canada. Selon Tammy Moore, présidente du Conseil de l'aviation d'Unifor, cette mesure risquerait d'entraîner une hausse des frais pour les passagers et les entreprises, une détérioration des conditions de travail des employés, et une réduction des liaisons vers les régions rurales. Le syndicat craint également une perte de contrôle public sur des infrastructures essentielles, notamment dans un contexte où les chaînes d'approvisionnement doivent être protégées.
Actuellement, les grands aéroports canadiens sont gérés par des administrations aéroportuaires sans but lucratif, qui réinvestissent leurs excédents dans l'amélioration des infrastructures. Ces administrations versent un loyer annuel au gouvernement fédéral, estimé à environ 525 millions de dollars par an. À Montréal, c'est **Aéroports de Montréal (ADM)** qui gère l'aéroport international Montréal-Trudeau et l'aéroport de Mirabel, en vertu d'un bail conclu avec Transports Canada en 1992 et valable jusqu'en 2072. La privatisation nécessitera donc des changements législatifs pour permettre au gouvernement fédéral de modifier ce cadre juridique et d'ouvrir la gestion des aéroports à des investisseurs privés.

