Le jour où les Russes ont pris Lviv
Automne 1914 – Ukraine. Dès que l’armée du tsar s’empare de la ville de Lviv, qui est alors austro-hongroise et porte le nom de Lemberg, elle met en place une politique de russification sans merci dont vont souffrir tout particulièrement les Ukrainiens et les Juifs, relate le média ukrainien “Oukraïnska Pravda”, qui trace un parallèle avec la situation actuelle..
En septembre 1914, pendant la Première Guerre mondiale, la ville de Lviv, alors appelée Lemberg et située dans l’Empire austro-hongrois, est prise par l’armée russe. Cette occupation marque un tournant dans l’histoire de la région, car elle s’inscrit dans un conflit plus large opposant l’Empire russe à l’Empire austro-hongrois. Lviv, ville multiculturelle, était un centre important pour les Polonais, les Ukrainiens et les Juifs, mais aussi un symbole de la domination austro-hongroise. La chute de la ville sans combat reflète l’affaiblissement de l’armée austro-hongroise face à l’avancée russe en Galicie, une région stratégique d’Europe centrale.
Quelques jours avant l’arrivée des Russes, une rumeur se propage dans Lviv : l’armée russe approche. Un cycliste paniqué arrive en hurlant dans le faubourg de Lytchakiv, criant « Fuyez, les Russes arrivent ! ». Malgré les tentatives de certains habitants, comme le Polonais Bogdan Krzysztofowicz qui tente de calmer la situation, la panique s’empare de la population. Les trains sont pris d’assaut, et des milliers de personnes fuient vers le centre-ville, espérant que les Russes seront arrêtés avant d’y parvenir. Pourtant, l’armée austro-hongroise, épuisée par les combats précédents, décide de se replier, laissant la ville sans défense.
Le 3 septembre 1914, les troupes russes entrent dans Lviv sans rencontrer de résistance. Leur occupation va durer près de dix mois, jusqu’en juin 1915. Dès leur arrivée, les autorités russes mettent en place une politique de russification forcée, visant à imposer la langue, la culture et les institutions russes. Cette politique cible particulièrement deux groupes : les Ukrainiens, dont la langue et l’identité sont réprimées, et les Juifs, qui subissent des persécutions systémiques. Les mesures incluent la fermeture des médias locaux, la censure, des couvre-feux stricts, et la prise d’otages pour intimider la population.
Sous l’occupation russe, la vie quotidienne à Lviv devient extrêmement difficile. La population est soumise à des restrictions draconiennes : couvre-feux, censure de la presse, et répression violente contre toute forme de résistance ou de contestation. Les Juifs, accusés de collaborer avec l’ennemi austro-hongrois, sont particulièrement visés par des mesures discriminatoires et des violences. Les Ukrainiens, quant à eux, voient leur langue et leur culture interdites, dans le cadre d’une stratégie visant à effacer toute trace de leur identité nationale. La misère s’installe, aggravée par les pillages et les réquisitions opérées par les soldats russes.
L’article établit un parallèle entre cette occupation de 1914 et la situation actuelle en Ukraine, notamment depuis l’invasion russe de 2022. Les méthodes utilisées par l’armée russe à Lviv en 1914 – russification forcée, répression des minorités, et justification de l’occupation au nom de la « libération » – rappellent les stratégies employées aujourd’hui en Ukraine. L’auteur souligne ainsi une continuité dans les pratiques russes, où l’argument de la « protection » ou de la « libération » sert à justifier des actions violentes et oppressives contre les populations locales.
Parmi les habitants de Lviv, certains tentent de résister ou de limiter les dégâts causés par l’occupation. Par exemple, Bogdan Krzysztofowicz, un Polonais, tente d’arrêter le cycliste paniqué pour éviter une panique générale. Cependant, ses efforts sont vains face à la rapidité de l’avancée russe. D’autres acteurs, comme les médias locaux ou les institutions culturelles, sont rapidement muselés ou fermés par les autorités russes. L’article mentionne également le rôle du journal *Oukraïnska Pravda* (« Vérité ukrainienne »), un média indépendant créé en 2000, qui documente ces événements et met en lumière les souffrances de la population ukrainienne sous l’occupation.

