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Des experts souhaitent plus de diplomates spécialistes de l’Arctique

Le Devoir · mis à jour 27 sept.

Les menaces de Trump ont renforcé le rôle du Canada comme partenaire économique et éducatif dans la région..

Arctique zone stratégique

L’Arctique est aujourd’hui considéré comme une région géopolitiquement sensible, où les tensions internationales s’intensifient depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Le Canada, qui possède la plus longue côte arctique au monde, prévoit d’y renforcer sa présence militaire et économique. En 2024, le gouvernement fédéral a adopté une politique étrangère pour l’Arctique visant à accroître la collaboration avec les autres pays de la région, comme les États-Unis, la Russie, le Danemark (Groenland) ou la Norvège. Cette stratégie reconnaît que l’instabilité géopolitique actuelle expose l’Arctique à de nouvelles menaces, notamment des rivalités pour le contrôle des routes maritimes ou des ressources naturelles. Ottawa a déjà nommé une ambassadrice pour l’Arctique (Virginia Mearns) en 2025 et annoncé l’ouverture de consulats au Groenland et en Alaska, tout en investissant des milliards de dollars dans des infrastructures locales et la défense.

Diplomatie arctique insuffisante

Malgré ces ambitions, des experts comme Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (organisation représentant les Inuits du Canada), soulignent que le Canada manque de diplomates spécialisés dans l’Arctique. Le ministère des Affaires mondiales (anciennement Affaires étrangères) dispose d’un vivier limité de personnel formé pour gérer les enjeux complexes de cette région. En 2023, le gouvernement a fermé le Centre international canadien de l’Arctique (CIAC), une structure qui servait de plateforme pour former les diplomates et faciliter les contacts avec les partenaires locaux. Selon un audit interne de 2025, cette fermeture a privé le Canada de ressources clés, comme le programme Initiative de leadership mondial dans l’Arctique, et réduit son influence auprès des communautés autochtones et des acteurs nordiques. Les experts estiment que cette décision a affaibli la capacité du Canada à défendre ses intérêts dans une région où les enjeux de souveraineté et de coopération sont cruciaux.

Rôle des Inuits sous-exploité

Les Inuits, peuples autochtones du Grand Nord canadien, représentent un atout majeur pour le Canada dans sa stratégie arctique. Leur connaissance approfondie du territoire, leurs réseaux locaux et leur expérience en matière de négociation avec les gouvernements en font des partenaires indispensables. Pourtant, Natan Obed souligne que leur potentiel reste inexploité par Ottawa. Les Inuits pourraient aider le Canada à établir des liens avec d’autres communautés arctiques, comme celles du Groenland ou de l’Alaska, tout en renforçant la légitimité du pays dans la région. Leur inclusion dans les décisions politiques et diplomatiques est présentée comme une solution pour combler les lacunes actuelles, notamment face à la montée des tensions internationales. Le Canada a déjà promis des milliards de dollars pour améliorer les infrastructures locales, mais sans une présence administrative et politique accrue, ces investissements pourraient ne pas suffire à atteindre ses objectifs.

Para-diplomatie et coopération

Face aux limites de la diplomatie traditionnelle, des experts comme Marc Lanteigne, politologue à l’Université arctique de Norvège, prônent une approche alternative appelée para-diplomatie. Cette méthode consiste à encourager les échanges directs entre les communautés locales, les entreprises, les chercheurs et les organisations autochtones, plutôt que de se reposer uniquement sur les canaux gouvernementaux. Par exemple, des délégations canadiennes plus diversifiées ont été envoyées à l’Arctic Circle Assembly en Islande, une conférence annuelle réunissant les acteurs de la région. Cette stratégie permet de contourner les blocages politiques et de renforcer les liens humains, essentiels dans un contexte où les gouvernements américain et canadien sont en opposition. L’objectif est de cibler des domaines d’intérêt commun, comme la transition écologique ou la gestion des ressources, même si les relations entre les deux pays restent tendues.

Ce que ça pourrait changer

Les pays de l’Arctique, comme le Groenland et la Norvège, s’inquiètent de l’intérêt soudain porté à leur région, alimenté par la perspective de l’ouverture de nouvelles **routes maritimes** et par les déclarations controversées de figures politiques, comme l’ancien président américain Donald Trump, qui a évoqué l’annexion du Groenland en 2019. Ces tensions risquent de marginaliser les préoccupations des populations locales, notamment en matière de souveraineté et de moyens de subsistance. Dans ce contexte, le Canada est perçu comme un partenaire plus stable et coopératif, grâce à son engagement historique avec les communautés autochtones. Cependant, pour maintenir cette position, Ottawa doit non seulement investir dans des infrastructures et une présence militaire, mais aussi développer une **diplomatie adaptée**, capable de répondre aux défis spécifiques de l’Arctique, où les enjeux environnementaux, économiques et géopolitiques sont étroitement liés.

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