Ramener la taxe d’accise sur l’essence serait un « suicide politique », affirme un expert
La taxe d’accise de 10 ¢ le litre sur l’essence a été suspendue en avril par Mark Carney..
Le gouvernement de Mark Carney a suspendu en avril 2026 une taxe fédérale canadienne de 10 cents par litre sur l’essence et de 4 cents par litre sur le diesel. Cette taxe, appelée taxe d’accise, est une contribution fiscale prélevée sur certains produits, ici les carburants, pour financer des services publics ou réduire la consommation. Elle devait normalement reprendre vigueur le 8 septembre 2026, mais des experts estiment que cette remise en place serait politiquement risquée. Carol Montreuil, vice-président de l’Association canadienne des carburants, souligne que les prix augmenteraient immédiatement de 10 cents par litre dès le lendemain de la réinstaurations. Selon Sylvain Audette, membre associé de la Chaire de recherche en gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, cette décision serait un « suicide politique » en raison du contexte actuel, marqué par des tensions économiques et géopolitiques.
La situation internationale joue un rôle majeur dans la hausse des prix de l’essence. Plusieurs conflits récents perturbent l’approvisionnement mondial en pétrole. Par exemple, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique où transite 20 % de la production pétrolière mondiale avant le début de la guerre. De plus, l’Ukraine a attaqué des raffineries russes, et les rebelles houthis, alliés à l’Iran, ont frappé une raffinerie saoudienne. Ces événements réduisent la capacité de raffinage et de production de pétrole, ce qui fait monter les prix à la pompe dans le monde entier. Les marchés du pétrole sont en effet interconnectés : une baisse de production dans une région se répercute sur les prix globaux. Carol Montreuil, de l’Association canadienne des carburants, qualifie cette crise de « plus importante de l’histoire de l’industrie ».
Les automobilistes canadiens subissent directement les conséquences de cette crise pétrolière. Même sans la réintroduction de la taxe d’accise, les prix de l’essence restent élevés en raison des tensions géopolitiques. Yvan Cliche, spécialiste en énergie à l’Université de Montréal, explique que les conflits en Iran et les frappes entre les États-Unis et l’Iran rendent improbable une baisse rapide des prix. Les pays ont puisé dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour atténuer la crise, mais cela ne suffit pas à stabiliser les tarifs. À moyen terme, les prévisions ne sont pas optimistes : sans résolution rapide du conflit en Iran, les automobilistes devront composer avec des prix élevés pendant plusieurs semaines ou mois. Carol Montreuil estime que cette situation est « la plus grave » jamais enregistrée dans le secteur.
Face à ce contexte, le gouvernement canadien, dirigé par Mark Carney, hésite à réinstaurer la taxe d’accise sur l’essence. Sylvain Audette et Yvan Cliche s’accordent à dire que le gouvernement attendra que la situation géopolitique s’apaise avant de prendre une telle décision. En effet, réintroduire cette taxe dans un contexte de hausse des prix et de tensions internationales serait perçu comme une mesure impopulaire, voire contre-productive. Le gouvernement avait justifié la suspension initiale de la taxe par la *hausse du coût de la vie*, mais la persistance des conflits, notamment en Iran, rend cette réintroduction très improbable avant la fin de la guerre. Ottawa mise donc sur une période de stabilité pour éviter un « suicide politique », selon les termes de Sylvain Audette.

