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Généraliste

Cri du cœur des chercheurs en sciences biomédicales

Le Devoir · mis à jour il y a 7 j

Les scientifiques établis au Canada peinent plus que jamais à obtenir le financement nécessaire à leurs projets..

Financement insuffisant des IRSC

En 2026, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l’organisme public chargé de financer la recherche biomédicale au Canada, n’ont accepté que 13 % des 3 344 demandes de subventions soumises lors du concours de printemps. Ce taux, jugé inacceptable par le Dr Guy Sauvageau, clinicien et chercheur, est bien inférieur à celui de l’an 2000, où 34 % des projets avaient été financés. Pour le concours de 2026, seulement 439 projets ont été retenus, pour un budget total de 412 millions de dollars. Le Dr Sauvageau souligne que les projets acceptés reçoivent en moyenne 23,5 % de moins que la somme demandée, réduisant encore davantage le taux de succès effectif. Les chercheurs dénoncent un manque de financement structurel, qui limite la compétitivité des scientifiques canadiens par rapport à d’autres pays comme les États-Unis ou ceux d’Asie.

Conséquences sur la recherche

Un taux de succès aussi bas que 13 % a des répercussions majeures sur la recherche canadienne. D’abord, des projets jugés excellents par des pairs ne sont pas financés, ce qui décourage les jeunes chercheurs et menace la capacité future du pays à innover. Ensuite, les chercheurs doivent soumettre plusieurs fois leurs projets, ce qui leur prend un temps précieux au détriment de la recherche elle-même. De plus, l’absence de financement empêche de payer les professionnels de recherche (étudiants en maîtrise, doctorat ou postdoctorat) qui travaillent dans les laboratoires. Résultat : les laboratoires deviennent plus petits et moins compétitifs, ralentissant l’avancée des découvertes. Certains projets similaires à ceux menés à l’étranger ne peuvent aboutir faute de moyens, et les collaborations internationales deviennent difficiles.

Comparaison historique et internationale

En 2000, le gouvernement canadien avait investi massivement dans la recherche en créant 2 000 chaires de recherche, portant le taux de succès à 34 %. Depuis 2022, ce taux a chuté de 20 % à 13 % en 2026. Plusieurs experts, comme Tarik Möröy et David Juncker, soulignent que le Canada n’a pas augmenté ses investissements en recherche au rythme de l’inflation ou des autres pays de l’OCDE. Par exemple, le nombre de demandes de subventions a augmenté de plus de 60 % en trois ans, tandis que le budget global des IRSC est resté stable. Cette stagnation place le Canada en queue de peloton en matière de financement de la recherche biomédicale, derrière les États-Unis et certains pays asiatiques.

Nouveaux chercheurs vs chercheurs établis

Le gouvernement canadien a récemment annoncé le recrutement de 64 chercheurs internationaux, dont des Américains, via le programme de chaires de recherche du Canada Eddie Goldenberg. Ces chaires offrent un financement de 8 millions de dollars sur 8 ans (soit 1 million par an). Si les chercheurs interrogés saluent cette initiative, ils soulignent aussi que ces nouveaux experts viendront compétitionner pour les mêmes fonds que les chercheurs canadiens établis. Le Dr Sauvageau et d’autres chercheurs estiment qu’il est crucial de financer l’ensemble des excellents projets, et pas seulement une élite. David Juncker, directeur d’un département à l’Université McGill, précise que ces nouvelles recrues auront des conditions exceptionnelles, risquant de créer une recherche à deux vitesses si le système n’est pas rééquilibré.

Ce que ça pourrait changer

Les chercheurs interrogés, comme le Dr Sauvageau, Tarik Möröy ou Nathalie Grandvaux, demandent une augmentation significative du budget des IRSC pour ramener le taux de succès au-dessus de 20 %. Ils insistent sur la nécessité de financer *tous* les excellents projets, et pas seulement ceux des nouveaux chercheurs recrutés à l’international. Adrian Mota, vice-président des IRSC, reconnaît que le problème est complexe et ne se réduit pas à un manque de financement. Il évoque notamment l’augmentation du nombre de demandes (+60 % en trois ans) et la croissance des budgets moyens demandés. Cependant, les chercheurs restent convaincus que sans un investissement accru, le Canada perdra son avantage en innovation médicale et scientifique, comme en témoignent les comparaisons historiques et internationales.

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