Si les femmes paraissent meilleures que les hommes face au multi-tâches, ce serait parce qu'elles continuent de discuter quoi qu'il arrive
Dans l'imaginaire collectif, les femmes jonglent avec plusieurs tâches là où les hommes s'emmêlent. Pourtant, les tests objectifs de multitâche n'ont jamais confirmé cette supériorité supposée.
Une étude publiée dans la revue Science & Vie suggère que les femmes pourraient mieux gérer le multi-tâches que les hommes, non pas en raison d’une supériorité cognitive innée, mais grâce à une stratégie différente. Selon les chercheurs, les femmes maintiendraient une forme de communication verbale ou mentale constante, même en situation de stress ou de charge mentale élevée. Cette persévération verbale — le fait de continuer à échanger des mots ou des idées malgré les distractions — leur permettrait de mieux organiser leurs pensées et leurs actions en parallèle. Les hommes, en revanche, auraient tendance à se concentrer davantage sur une tâche à la fois, ce qui les rendrait moins performants dans des environnements exigeant une gestion simultanée de plusieurs activités.
Cette différence de comportement ne serait pas liée à des facteurs biologiques comme la testostérone ou les œstrogènes, mais plutôt à des mécanismes sociaux et culturels. Les chercheurs évoquent l’éducation genrée, où les filles sont souvent encouragées à développer des compétences relationnelles et à verbaliser leurs émotions dès l’enfance. Cette habitude de dialogue interne ou externe pourrait se transposer dans des situations de multi-tâches, où la parole joue un rôle de fil conducteur. L’étude souligne que cette persévération verbale n’est pas un avantage absolu : elle peut aussi entraîner une fatigue mentale accrue si la charge de travail est trop importante.
Les résultats de l’étude montrent que les femmes obtiennent des scores légèrement supérieurs dans des tests de multi-tâches, mais avec une nuance importante : leur performance dépend fortement de leur capacité à maintenir ce dialogue verbal. Sans cette stratégie, leur avantage disparaît. Par exemple, dans une expérience où les participantes devaient répondre à des questions tout en effectuant une tâche manuelle, celles qui utilisaient un monologue intérieur (parler à voix basse) ou un échange verbal avec un partenaire réussissaient mieux que celles qui restaient silencieuses. À l’inverse, les hommes performaient mieux dans des environnements silencieux et structurés, où ils pouvaient se concentrer sans distraction.
Ces conclusions pourraient avoir des implications dans des domaines comme le travail, l’éducation ou la santé. Par exemple, dans les milieux professionnels où le multi-tâches est fréquent (comme les services clients ou la gestion de projets), les femmes pourraient être avantagées, mais à condition de ne pas être submergées. Les chercheurs recommandent de mieux comprendre ces mécanismes pour adapter les méthodes de travail et éviter l’épuisement. Ils soulignent aussi que cette étude ne doit pas servir à généraliser les compétences des femmes ou des hommes, mais à reconnaître que les stratégies de gestion du stress et de l’attention varient selon les individus.

