Crise de Ceuta : qu’est-ce que l’espace Schengen ?
La crise migratoire dans l’enclave espagnole de Ceuta l’a encore démontré : l’espace Schengen, zone de libre circulation des personnes qui regroupe 29 pays européens, subit régulièrement les foudres des partis anti-immigration. Mais de quoi s’agit-il au juste ?.
L’espace Schengen est né le 14 juin 1985 dans la petite ville luxembourgeoise de Schengen, où cinq pays européens – l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas – ont signé un accord historique. Cet accord visait à supprimer les contrôles aux frontières entre ces pays, permettant ainsi une libre circulation des personnes sans passeport. Il est entré en vigueur dix ans plus tard, en 1995. Aujourd’hui, cet espace compte 29 pays, dont 25 États membres de l’Union européenne (UE) et 4 pays non membres de l’UE : l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein. Schengen est souvent présenté comme le cœur de l’Europe, car il symbolise l’intégration et la coopération entre les nations du continent.
L’espace Schengen permet aux ressortissants des pays membres de voyager librement entre ces États sans présenter de passeport ni subir de contrôles aux frontières intérieures. Seules les frontières extérieures de l’espace Schengen, comme celles entre l’Espagne et le Maroc à Ceuta, restent soumises à des contrôles stricts. Cette zone couvre près de 4,6 millions de km² et englobe environ 457 millions d’habitants. Cependant, certains territoires des États membres sont exclus de Schengen pour des raisons géographiques ou juridiques, comme les départements français d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, etc.) ou les îles des Pays-Bas (Aruba, Curaçao).
Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur le territoire marocain, font partie de l’espace Schengen depuis 2022. Cependant, elles bénéficient d’un régime spécifique : les contrôles Schengen y sont effectués à la sortie, uniquement par voie maritime ou aérienne. Ainsi, toute personne quittant Ceuta ou Melilla vers la péninsule ibérique doit s’identifier auprès de la Police nationale espagnole au port ou à l’aéroport. Les compagnies de transport sont également tenues de vérifier les documents de voyage des passagers. Ce système vise à contrôler les flux migratoires tout en maintenant l’intégration à Schengen.
Bien que l’espace Schengen repose sur la libre circulation, les États membres peuvent rétablir temporairement les contrôles aux frontières intérieures en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure. Cette mesure, prévue par le code frontières Schengen (CFS), doit être un dernier recours, limitée dans le temps et proportionnée à la menace. Depuis 2015, notamment après la crise migratoire, les rétablissements de contrôles sont devenus fréquents. En août 2026, onze pays, dont la France et l’Espagne, avaient réintroduit ces contrôles. Par exemple, l’Espagne a rétabli les contrôles aux frontières pour les voyageurs venant d’Italie le 8 août 2026, en réponse à des mesures similaires prises par l’Italie.
La crise migratoire à Ceuta, enclave espagnole frontalière avec le Maroc, illustre les tensions autour de l’espace Schengen. Le 30 juillet 2026, des dizaines de milliers de personnes ont traversé illégalement la frontière entre le Maroc et Ceuta, provoquant un afflux massif de migrants. Cet événement a relancé les débats sur la gestion des frontières extérieures de Schengen et la capacité des États à contrôler les flux migratoires. Les partis anti-immigration critiquent régulièrement l’espace Schengen, jugé trop ouvert, tandis que les défenseurs des droits humains soulignent les défis humanitaires posés par ces crises.

