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Carney veut attirer davantage d’investissements dans le pétrole et le gaz. Mais à quel prix?

Le Devoir · mis à jour il y a 4 j

Les Canadiens ignorent quelle part de la facture servira à soutenir l’expansion du secteur pétrolier et gazier..

Carney mise sur l’investissement

Lors du Sommet canadien de l’investissement à Toronto, le premier ministre Mark Carney a insisté sur la nécessité d’attirer davantage de capitaux étrangers dans les secteurs du pétrole et du gaz au Canada. Pour y parvenir, il a présenté une stratégie globale prévoyant environ 280 milliards de dollars d’investissements publics et d’incitations fiscales sur cinq ans, afin de générer plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements privés. Carney a souligné que ces investissements permettraient de créer des emplois, renforcer l’autonomie énergétique du pays et améliorer les services publics. Cependant, il a évité de préciser la part exacte de ces fonds qui serait dédiée au pétrole et au gaz, laissant planer un doute sur les priorités réelles du gouvernement. L’une des mesures phares de cette stratégie est la mégadéduction pour la productivité, qui permet aux entreprises de récupérer immédiatement une partie de leurs coûts d’investissement, réduisant ainsi leur impôt sur les sociétés à court terme.

Avantages fiscaux controversés

Le gouvernement fédéral propose une mégadéduction fiscale qui accélère la récupération des coûts pour les entreprises. Concrètement, environ 66 % de leurs investissements en équipements pourraient être déduits immédiatement, contre seulement 15 % auparavant. Cette mesure réduira les recettes fiscales fédérales de 36 milliards de dollars sur cinq ans, faisant passer le taux d’imposition effectif des entreprises de 13 % à 6,4 %. Pour le gaz naturel liquéfié (GNL), Ottawa va encore plus loin en supprimant une condition environnementale : les installations de GNL ne seront plus obligées de respecter un seuil d’émissions pour bénéficier de ces avantages fiscaux. Cette décision s’inscrit dans un contexte où le Canada cherche à attirer des projets majeurs comme le terminal de GNL Ksi Lisims en Colombie-Britannique, estimé à 28,5 milliards de dollars américains en coûts d’infrastructure.

Rôle des secteurs publics

Le gouvernement canadien s’implique directement dans certains projets énergétiques. Par exemple, pour l’oléoduc de la côte ouest, l’État fédéral (via la Trans Mountain Corporation) et la province de l’Alberta détiendront ensemble 90 % de la participation économique pendant la construction, avant qu’une part autochtone ne soit ajoutée. Cette structure vise à sécuriser les investissements tout en partageant les risques avec les acteurs privés. Par ailleurs, un accord entre le Canada, l’Alberta et cinq grands producteurs de sables bitumineux lie l’augmentation de la production pétrolière à des projets de captation du carbone, comme le projet Pathways. Ce dernier prévoit de réduire les émissions des sables bitumineux de 6 millions de tonnes par an d’ici 2032, avec un objectif de 10 millions de tonnes d’ici 2045. Cependant, cette captation ne couvre pas les émissions générées par la combustion des carburants exportés, qui ne sont pas comptabilisées dans le bilan carbone national du Canada.

Risques économiques et géopolitiques

Malgré les incitations fiscales, les nouveaux projets de GNL au Canada font face à des défis majeurs. Selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), les coûts d’investissement sont élevés en raison de l’éloignement géographique des sites et des infrastructures nécessaires. De plus, les analystes craignent un piège haussier : une hausse temporaire des prix du gaz pourrait être interprétée comme un changement structurel durable, conduisant à des investissements non rentables à long terme. Mark Kalegha, analyste à l’IEEFA, souligne que les projets canadiens de GNL doivent être évalués avec prudence, car leur viabilité dépend de conditions de marché stables et durables, et non de fluctuations passagères.

Ce que ça pourrait changer

Mark Carney a insisté sur la nécessité pour les investisseurs d’être « pleinement dédommagés pour les risques » qu’ils prennent. Cette logique s’applique aussi aux contribuables canadiens, qui doivent pouvoir évaluer les retombées des investissements publics. Les bénéfices attendus incluent des recettes fiscales, des emplois, des revenus d’exportation et des réductions d’émissions. Cependant, plusieurs questions restent sans réponse : quelle part des 280 milliards de dollars sera réellement allouée au pétrole et au gaz ? Les projets soutenus seront-ils rentables à long terme ? Et comment concilier développement économique et objectifs climatiques, notamment face aux émissions liées à l’exportation et à la combustion des carburants ? Le gouvernement devra clarifier ces points pour justifier sa stratégie auprès de la population.

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