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Environnement

Comment la droite instrumentalise George Sand pour relativiser la canicule

Reporterre · mis à jour il y a 29 j

Des élus de droite et d'extrême droite instrumentalisent des écrits de 1870 de George Sand, qui évoquent des températures extrêmes, pour relativiser la chaleur actuelle. Un comble : l'écrivaine était une pionnière de la protection de la nature.

Citation détournée

Un extrait du Journal d’un voyageur pendant la guerre de George Sand, publié en 1971, décrit une vague de chaleur en 1870 avec des températures estimées à 45 °C, une terre craquelée et des arbres jaunis dès le 1ᵉʳ juillet. Cette citation, évoquant des conditions extrêmes, est reprise par des élus de droite et d’extrême droite pour minimiser l’ampleur des canicules actuelles. Pourtant, l’écrivaine, connue pour son engagement en faveur de la nature, avait alerté en 1872 contre la destruction de la forêt de Fontainebleau, ce qui rend son instrumentalisation particulièrement ironique.

Acteurs et récupération

Plusieurs personnalités politiques ont utilisé cette citation pour relativiser le réchauffement climatique. Le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains) l’a citée lors d’un débat parlementaire le 29 juin 2026, tandis que Freddy Roy (Rassemblement national puis Union des droites pour la République) et Anne-Laure Blin (Droite républicaine) l’ont relayée sur les réseaux sociaux et dans la presse. Ces élus, connus pour leurs positions climatosceptiques, suggèrent que les canicules actuelles ne sont pas exceptionnelles, alors que George Sand était une figure de la protection environnementale.

Données climatiques

Les archives météorologiques de 1870, analysées par la climatologue Valérie Masson-Delmotte, contredisent les 45 °C évoqués par George Sand. À Vendôme, par exemple, les températures maximales ont dépassé 30 °C pendant dix jours en juillet 1870, avec un pic à 35 °C. En comparaison, la canicule de juin 2026 a enregistré des températures supérieures à 30 °C pendant treize jours, dont dix jours à plus de 35 °C et quatre jours à plus de 40 °C. De plus, les nuits tropicales (températures nocturnes supérieures à 25 °C) n’existaient pas en 1870, alors qu’elles sont désormais fréquentes.

Stratégie de déni

La climatologue Valérie Masson-Delmotte qualifie cette récupération de marchand de doute, une stratégie visant à minimiser l’urgence climatique. Elle souligne que les observations météorologiques, les indicateurs phénologiques (comme les dates de floraison ou de vendanges) et les reconstructions climatiques à partir d’archives naturelles confirment le caractère inédit du réchauffement actuel. Ce dernier se caractérise par une augmentation de la fréquence, de l’intensité, de la durée et de la saison des vagues de chaleur, ce que l’épisode de 1870 ne reflète pas.

Ce que ça pourrait changer

Cette désinformation, largement relayée dans la presse et sur les réseaux sociaux, influence l’opinion publique. Valérie Masson-Delmotte note que les commentaires des lecteurs et internautes montrent l’impact de ces discours, qui détournent l’attention des solutions concrètes pour protéger les populations et les activités vulnérables face à la chaleur. Elle insiste sur le fait que ces arguments ne contribuent pas à construire des réponses adaptées aux défis climatiques actuels.

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