On comprend enfin le mécanisme cérébral derrière le dessin – ce serait lié au câblage de la matière blanche
On pourrait croire que le talent pour le dessin dépend avant tout des régions cérébrales consacrées à l’imagination. Pourtant, la créativité graphique semble aussi reposer sur la manière dont ces différentes zones communiquent entre elles.
En 2026, une équipe de chercheurs dirigée par Julius Voss, à l’université de Graz en Autriche, a mené une étude sur 142 adultes pour explorer les liens entre la créativité graphique et les connexions cérébrales. Les participants, âgés de 18 à 38 ans, ont été soumis à un test de dessin consistant à compléter six fragments de traits et de formes pour créer un dessin cohérent en quinze minutes. Leurs productions ont été évaluées selon un barème spécialisé noté sur 72 points, avec une moyenne de 25 points. L’objectif était de comprendre comment le cerveau, notamment la matière blanche, influence la capacité à dessiner.
La matière blanche est un réseau de fibres nerveuses qui relie les différentes zones du cerveau entre elles, comme des câbles assurant la communication entre les régions cérébrales. Pour évaluer son rôle dans la créativité, les chercheurs ont utilisé une technique d’IRM de diffusion, qui mesure le déplacement des molécules d’eau le long de ces fibres. Les résultats ont montré que les participants les plus performants au test de dessin possédaient des fibres cérébrales plus denses dans plusieurs régions, notamment celles reliant le cortex aux structures profondes du cerveau. Ces connexions jouent un rôle clé dans le contrôle des mouvements et la coordination entre la perception visuelle et l’action.
Les chercheurs ont identifié plusieurs faisceaux de matière blanche particulièrement importants pour le dessin. Parmi eux, les voies corticostriatale et corticospinale sont essentielles pour contrôler les mouvements, tandis que les fibres issues de l’arrière du cerveau, où sont traitées les informations visuelles, jouent un rôle majeur. Le corps calleux, qui permet aux deux hémisphères cérébraux de communiquer, a également été mis en avant. Les résultats suggèrent que ces connexions facilitent le passage des informations entre la perception visuelle, l’imagination et l’exécution du geste, ce qui est crucial pour dessiner.
L’étude révèle que la créativité graphique repose en partie sur la fluidité des échanges entre les régions cérébrales dédiées à la vision, à la motricité et à l’imagination. Les participants les plus créatifs présentaient des connexions plus denses dans les zones reliant le lobe frontal (siège de la planification et de la pensée) aux régions postérieures du cerveau (où sont analysées les informations visuelles). Une autre voie sensorielle, le lemnisque médian, qui transmet les signaux du toucher et de la position du corps, a également été associée à de meilleures performances. Ces résultats soulignent l’importance de l’intégration des informations sensorielles et motrices dans l’acte créatif.
Bien que cette étude apporte des éclairages nouveaux sur les mécanismes cérébraux du dessin, les chercheurs soulignent que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats. Les associations observées entre la densité des fibres de matière blanche et les performances au test de dessin étaient faibles à modérées. De plus, l’étude ne permet pas d’établir une relation de cause à effet : il est possible que la pratique du dessin améliore la densité des connexions cérébrales, ou que des connexions plus denses favorisent naturellement la créativité. D’autres travaux seront donc nécessaires pour préciser ces liens.

