Victime de violence conjugale : la police donne sa nouvelle adresse à son ex... par erreur
La nouvelle adresse de la femme devait pourtant rester confidentielle..
En février 2026, une policière du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, au Québec, a commis une erreur majeure en communiquant par inadvertance la nouvelle adresse de Niniosca Grenier, victime de violence conjugale, à son ex-conjoint. Cette erreur s'est produite alors que le conjoint, sorti de prison en mars 2026, s'est rendu au poste de police pour déposer une plainte non fondée contre elle. La policière, en vérifiant les informations dans le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ), un système réservé aux forces de l'ordre, a révélé l'adresse de la victime à son agresseur. Ce dernier a confirmé avoir obtenu l'information grâce à la policière, ce qui a plongé Niniosca Grenier dans une situation de danger immédiat. Le CRPQ est une base de données policière contenant des informations sensibles, strictement réservées aux agents en service, et son utilisation non conforme peut entraîner des poursuites criminelles.
Niniosca Grenier, 33 ans, avait pris toutes les précautions pour éviter que son ex-conjoint, père de sa fille de 3 ans, ne la retrouve après son déménagement un mois avant sa sortie de prison en mars 2026. Pourtant, en apercevant son ex à moins de 200 mètres de son nouveau logement, elle a ressenti un profond sentiment de trahison et de peur. Son ex a confirmé avoir obtenu son adresse grâce à la policière, ce qui a aggravé son anxiété et sa vulnérabilité. La situation a également eu des répercussions sur sa santé mentale : elle a dû augmenter ses doses de médicaments contre la dépression et l'anxiété, et souffre désormais d'hypervigilance, vérifiant plusieurs fois ses portes et ses fenêtres avant de se coucher. Entre 2024 et 2025, son ex a accumulé une quinzaine de dossiers pour violence conjugale, harcèlement criminel et non-respect des conditions de libération.
Le directeur du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, Stéphane Bélanger, a reconnu l'erreur de la policière, tout en précisant qu'elle n'était pas malveillante. Il a confirmé qu'une médiation a eu lieu le 19 août 2026 entre Niniosca Grenier et la policière impliquée, aboutissant à une entente de conciliation. Selon la Loi sur la police, cette entente signifie que la plainte déposée contre la policière est considérée comme retirée, et aucune mesure disciplinaire ou accusation criminelle ne peut désormais être engagée contre elle. Le directeur a également souligné que des mesures de sensibilisation ont déjà été mises en place pour éviter qu'un tel incident ne se reproduise. Cependant, la victime n'a pas pu partager les détails de l'entente en raison de son caractère confidentiel.
Niniosca Grenier a été victime de violence conjugale à plusieurs reprises. En octobre 2023, son ex-conjoint a fait une crise de jalousie violente, la frappant et saccageant leur logement. Elle a alors appelé la police pour la première fois. En mars 2025, elle a porté plainte contre lui pour harcèlement, car il l'appelait jusqu'à 60 fois par jour en numéro masqué, malgré les blocages. Depuis le début de l'année 2026, 13 féminicides liés à des violences conjugales ont été recensés au Québec. Niniosca Grenier, inapte au travail, reçoit des prestations de l'IVAC (Indemnisation des victimes d'actes criminels), un programme québécois qui compense les victimes de crimes violents. Son ex-conjoint cumule une quinzaine de dossiers pour violence conjugale entre 2024 et 2025.
Le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ) est un système informatique utilisé par les policiers pour accéder à des informations confidentielles, telles que les adresses, les antécédents judiciaires ou les signalements. Selon André Gélinas, ancien sergent-détective de Montréal, ce système est strictement réservé aux forces de l'ordre et son utilisation à des fins non policières est interdite. Toute infraction à cette règle peut entraîner des accusations criminelles. Pourtant, dans ce cas, une policière a partagé une information du CRPQ avec un citoyen, ce qui est formellement interdit. Les règles du CRPQ visent à protéger la vie privée des citoyens et à éviter les abus de pouvoir, mais cette erreur montre que les protocoles ne sont pas toujours respectés.
Niniosca Grenier a pu compter sur des ressources pour faire face à cette situation. Elle a appelé *SOS violence conjugale* au **1 800 363-9010** ou envoyé un texto au **1 438 601-1211** pour obtenir de l'aide immédiate. Le *Regroupement des maisons d'hébergement* propose également un accompagnement 24 heures sur 24 au même numéro. Ces services offrent un soutien psychologique, juridique et social aux victimes de violence conjugale, ainsi qu'à leurs proches. Ils permettent notamment de signaler des situations de danger, d'obtenir des conseils pour se protéger ou de trouver un hébergement temporaire en cas de besoin urgent.

