Taxe au gigaoctet, IA éthique : comment le Parti socialiste aborde le numérique
Le Parti socialiste se réunit les 28 et 29 août à Blois. Next détaille le pan numérique du projet socialiste, adopté en juin par ses militants.
Le Parti socialiste (PS) a adopté en juin 2026 un projet politique global, structuré en six chapitres, dont l’un traite des enjeux numériques. Ce texte a été approuvé par 83 % des militants socialistes lors d’un vote. Le projet sera porté par un candidat ou une candidate lors de l’élection présidentielle de 2027, choisi·e lors de primaires ouvertes aux membres du PS et à d’autres formations comme Place publique. Le PS souhaite aborder le numérique comme un levier de liberté et de souveraineté, en réponse à une domination des géants technologiques (GAFAM) sur les choix techniques et économiques.
Le PS dénonce la captation des choix technologiques par les géants du numérique et quelques milliardaires, ce qui limite la liberté des citoyens. Il propose de reprendre la main sur ces enjeux en renforçant les textes nationaux et européens. Parmi les priorités figurent l’encadrement de l’économie de l’attention (modèle économique basé sur la captation de l’attention des utilisateurs) et la marchandisation des comportements en ligne (utilisation des données personnelles à des fins commerciales). Le parti souhaite aussi garantir la protection des données via une vérification d’identité numérique sécurisée et open-source (système de contrôle d’accès aux services en ligne, transparent et accessible à tous).
Le PS propose une taxe au gigaoctet de 0,10 € par gigaoctet (Go) de données distribuées en France par les géants du numérique. Cette mesure vise à financer l’infrastructure du réseau utilisée par ces acteurs. En 2024, le trafic internet entrant en France atteignait 50,8 Tbit/s (térabits par seconde), soit 6 350 000 Go/s. Netflix représentait à lui seul 12,3 % de ce volume, soit plus de 6 Tbit/s, équivalent à 750 Go/s. Selon les calculs du commentateur Guyom_P, cela représenterait 75 € par seconde pour Netflix, soit plus de 2 milliards d’euros par an. L’objectif est de générer des fonds pour développer des alternatives locales ou européennes.
Le PS aborde la question de l’intelligence artificielle (IA) sous l’angle de l’éthique et de la souveraineté. Il propose de renforcer les régulations européennes pour encadrer les usages de l’IA, notamment afin d’éviter les dérives comme la manipulation ou l’addiction. Le parti insiste sur la nécessité de souveraineté numérique, c’est-à-dire la capacité à maîtriser les infrastructures et les données sans dépendre des acteurs étrangers. Aucune précision n’est donnée sur les mécanismes concrets pour y parvenir, mais l’accent est mis sur la prévention et l’éducation des citoyens pour limiter les impacts négatifs du numérique.
Les commentaires des lecteurs soulignent les limites de la taxe au gigaoctet. Certains estiment que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) répercuteront simplement cette taxe sur leurs tarifs, sans créer d’alternatives locales. D’autres rappellent que la France représente un marché mineur pour ces acteurs, limitant l’impact des mesures nationales. Une proposition alternative est évoquée : l’interopérabilité (capacité des systèmes à fonctionner ensemble), qui permettrait aux utilisateurs de quitter plus facilement les géants du numérique sans perdre en efficacité. Enfin, des critiques portent sur la difficulté à appliquer ces mesures face à des multinationales peu sensibles aux régulations locales.
Le PS mise sur une action coordonnée au niveau européen pour peser face aux géants du numérique. La France, en tant que marché de taille moyenne, a peu de leviers seule. Le parti espère que des textes européens renforcés, comme le *Digital Services Act* (DSA) ou le *Digital Markets Act* (DMA), permettront de mieux encadrer les pratiques des plateformes. Cependant, l’efficacité de ces régulations dépendra de leur application stricte et de la volonté des États membres. Le PS souligne aussi la nécessité de développer des *services souverains* (clouds, outils bureautiques, etc.) pour réduire la dépendance aux acteurs étrangers.

