Les entrepreneurs français n’attendent pas qu’on les sauve, ils attendent qu’on les laisse construire
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Les entrepreneurs français ne manquent pas d’initiative : ils innovent, recrutent, investissent et persévèrent malgré les incertitudes économiques. Contrairement à une idée reçue, ils n’ont pas besoin qu’on leur rappelle l’importance de ces actions. Leur principale attente concerne un environnement réglementaire plus simple et cohérent, qui ne freine pas leurs projets. Par exemple, les règles actuelles rendent complexe l’embauche ou l’investissement, alors que ces démarches sont essentielles pour la croissance des entreprises. Cette situation est soulignée par la Délégation française 2025 du G20 des Entrepreneurs, qui a transmis trois recommandations au ministre des PME, Serge Papin, lors de la cérémonie Citizen Entrepreneurs à Bercy en 2026. L’objectif n’est pas d’ajouter des mesures, mais de supprimer les obstacles qui ralentissent les acteurs économiques.
La première urgence identifiée est de modifier la fiscalité pour encourager les entreprises à réinvestir leurs bénéfices plutôt que de les distribuer. Actuellement, en France, une entreprise paie des impôts sur ses bénéfices, qu’elle les réinvestisse dans son développement ou qu’elle les verse à ses actionnaires. Cette règle est jugée absurde par les entrepreneurs, car elle ne distingue pas les bénéfices utilisés pour construire l’entreprise de ceux qui profitent uniquement aux propriétaires. Le modèle estonien, cité en exemple, propose de ne taxer que les bénéfices distribués, ce qui inciterait les PME et ETI à réinvestir dans l’emploi, la recherche, la transition écologique ou leur outil de production. Cette mesure serait testée de manière expérimentale et ciblée, sans révolutionner l’ensemble du système fiscal. L’idée est de rendre l’investissement productif plus attractif que la simple distribution de dividendes.
La deuxième urgence porte sur le marché du travail, avec une proposition de créer un CDD-FLEX, un contrat hybride entre le CDD et le CDI. Ce contrat vise à répondre à une situation courante : quand une entreprise voit son activité augmenter, elle hésite à embaucher en CDI par crainte de l’incertitude. Les alternatives actuelles, comme les heures supplémentaires ou l’intérim, sont coûteuses ou peu flexibles. Le CDD-FLEX permettrait de sécuriser une période de transition, en offrant une solution temporaire avant une embauche en CDI si l’activité se confirme. Ce contrat ne remplacerait pas le CDI, qui resterait la norme, mais il rendrait le marché du travail plus adaptable. L’objectif est de fluidifier les embauches sans déréguler, en évitant que les entreprises soient bloquées entre rigidité et prudence excessive.
La troisième recommandation concerne les BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise), des outils permettant aux salariés de devenir actionnaires de leur entreprise. Aujourd’hui, ces dispositifs sont principalement réservés aux employés, alors qu’une part croissante de la valeur est créée par des freelances ou indépendants stratégiques, comme des experts techniques ou des consultants. Ces profils, essentiels pour la croissance des entreprises, sont souvent exclus des outils d’association au capital. Élargir l’accès aux BSPCE à ces indépendants, dans un cadre clair et sans contourner le salariat, permettrait de reconnaître cette nouvelle réalité économique. Cette mesure renforcerait aussi la compétitivité de la France en aidant à fidéliser les talents et à attirer des profils mobiles, tout en alignant l’écosystème français sur les pratiques internationales.
Les trois recommandations partagent un objectif commun : apporter plus de cohérence dans les politiques économiques et sociales. La France est souvent critiquée pour envoyer des signaux contradictoires à ses entrepreneurs. Par exemple, elle encourage l’investissement tout en taxant de la même manière les bénéfices réinvestis et ceux distribués. Elle prône l’emploi tout en maintenant un cadre rigide qui décourage les embauches. Elle parle de partage de la valeur sans inclure les freelances, qui contribuent pourtant à la créer. Ces incohérences freinent la croissance et l’innovation. Les entrepreneurs attendent donc des mesures qui simplifient leur environnement, plutôt que des politiques supplémentaires ou des slogans sur l’audace. La question centrale est : la France veut-elle vraiment soutenir ceux qui construisent son économie ? Si oui, il est temps d’agir en conséquence.

