En RDC, Ebola progresse dans le sillage des armes
Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), Ebola avance désormais sur deux jambes. L’une est virale.
Depuis mai 2026, la République démocratique du Congo (RDC) fait face à sa dix-septième épidémie d’Ebola, causée par la souche Bundibugyo. Au 20 juillet 2026, les autorités sanitaires congolaises ont recensé 2 473 cas confirmés dans cinq provinces : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uele et Tshopo. Le bilan humain dépasse le millier de morts selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette épidémie se distingue par sa localisation : elle touche des régions déjà en proie à des conflits armés, ce qui complique considérablement la riposte sanitaire. Le virus Ebola est une maladie grave, souvent mortelle, qui se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou d’un animal contaminé. Les symptômes incluent fièvre, vomissements et saignements, et la maladie se propage rapidement dans les zones où les déplacements de population sont fréquents.
Entre le 12 et le 23 juillet 2026, au moins 60 civils ont été tués lors d’attaques dans la zone frontalière entre l’Ituri et le Nord-Kivu, selon l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Ces violences ont provoqué le déplacement de plus de 25 000 personnes dans le territoire de Beni, dans le Nord-Kivu, où des combats opposent le gouvernement congolais et le groupe armé M23. Les déplacés, souvent hébergés chez des proches déjà précaires ou dans des bâtiments abandonnés, fuient les combats mais emportent avec eux des risques sanitaires. Pour les équipes médicales, ces mouvements de population rendent la surveillance, le dépistage et le suivi des contacts exposés au virus extrêmement difficiles. Chaque famille en fuite peut en effet transporter des personnes potentiellement infectées, ce qui aggrave la propagation de l’épidémie.
Les centres de traitement d’Ebola ne sont plus seulement des lieux de soins : ils deviennent des cibles dans les zones de conflit. À Nyakunde, dans l’Ituri, une partie d’un centre de traitement a été vandalisée le 15 juillet 2026 après le décès de l’épouse d’un combattant d’un groupe armé local, le Front patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC). Quelques heures plus tard, l’assassinat du chef de ce groupe, Kakani Tondabo, a déclenché de nouveaux affrontements, semant la peur dans la ville. Des patients ont quitté le centre, perturbant les activités médicales. Ces incidents illustrent un danger majeur : la disparition d’un malade dans la nature fragilise toute la chaîne de contrôle de l’épidémie. Le lendemain, la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a déployé une base opérationnelle mobile à Marabo pour rétablir la sécurité et permettre aux équipes médicales de reprendre leur travail.
La MONUSCO, composée de soldats de maintien de la paix, joue un rôle clé dans la lutte contre Ebola en protégeant les centres de traitement et en sécurisant les zones touchées. Bien que ces Casques bleus ne soignent pas les patients ni ne réalisent d’analyses, leur présence permet aux équipes médicales de travailler en sécurité. Par exemple, à Nyakunde, un infirmier épidémiologiste a expliqué que les patrouilles de la MONUSCO sont essentielles pour éviter les attaques et garantir l’accès aux soins. Le commandant indonésien d’une base mobile déployée à Marabo a souligné que les habitants ont rapidement compris que la MONUSCO était venue pour rétablir la sécurité et protéger le centre de traitement. Cette imbrication entre sécurité et santé est devenue une caractéristique majeure de la crise en RDC.
Une nouvelle inquiétude émerge avec l’apparition de cas d’Ebola à Kisangani, une grande ville du nord-est de la RDC située sur le fleuve Congo. Cette évolution, confirmée par l’OCHA et le porte-parole de l’ONU, soulève des craintes quant à une propagation du virus le long de cet axe fluvial. Kisangani est un nœud de transport majeur, avec des milliers de passagers et de marchandises qui transitent chaque jour entre les villes et les provinces. Une circulation durable du virus sur cet axe pourrait rapprocher l’épidémie de centres urbains plus vastes et plus difficiles à protéger. Pour limiter ce risque, les Nations Unies et leurs partenaires renforcent les capacités de réponse dans la province de la Tshopo en étendant les centres de traitement, en améliorant les protocoles de prévention des infections et en préparant des enterrements sécurisés.

