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Géopolitique

En Espagne, le phénomène “cayetano”

Courrier International · mis à jour 4 oct.

Opposés au gouvernement de gauche espagnol, les “cayetanos”, des jeunes chics et rebelles de droite, fustigent les “excès” du féminisme, du multiculturalisme et des politiques progressistes. Cette jeunesse dorée “ultraespagnole et ultramadrilène” proche de la droite et de l’extrême droite revendique son attachement à l’“identité traditionnelle de l’Espagne”, explique la presse étrangère..

Origine du mouvement

Le phénomène cayetano est une contre-culture de droite apparue en Espagne en 2026, née d’une chanson éponyme sortie en 2018 par le groupe madrilène de indie rock Carolina Durante. Ce morceau, à l’origine ironique, a donné son nom à un mouvement qui revendique fièrement un style de vie traditionnel et conservateur. Les cayetanos sont des jeunes issus de milieux aisés, souvent liés à la haute société espagnole ou au parti d’opposition PP (Partido Popular, droite). Leur identité s’inscrit dans une opposition frontale au gouvernement de gauche en place depuis 2018, dirigé par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, surnommé péjorativement perro sanchiste (jeu de mots entre perro, « chien », et son nom).

Style et valeurs

Les cayetanos se distinguent par une esthétique bon chic bon genre : robes amples et fleuries pour les femmes, chemises déboutonnées et pantalons chinos pour les hommes, accessoirisés de mocassins ou de verres de vin. Leur mode de vie met en avant des valeurs traditionnelles comme la religion, les traditions locales et, pour une partie d’entre eux, des positions nationalistes. Ils apprécient particulièrement la tauromachie, symbole de leur attachement aux coutumes espagnoles, et fréquentent les arènes de Las Ventas à Madrid. Leur discours rejette les politiques progressistes, le féminisme, le multiculturalisme et ce qu’ils considèrent comme des excès de la gauche, qu’ils perçoivent comme une menace pour l’identité traditionnelle de l’Espagne.

Lien avec la politique

Le mouvement cayetano est associé à la droite espagnole, notamment au parti PP et à l’extrême droite du parti Vox, qui séduit une jeunesse n’ayant pas vécu sous la dictature franquiste (1939-1975). Les cayetanos s’indignent lorsque leurs adversaires politiques les accusent de racisme, de sexisme ou d’homophobie, ou lorsqu’on leur reproche de menacer les libertés civiles de la démocratie espagnole moderne. Leur esthétique, parfois caricaturale avec des éléments comme le fachaleco (un gilet sans manches porté par certains militants d’extrême droite), sert de marqueur visuel à leur engagement politique. Leur opposition au gouvernement se manifeste aussi par des critiques acerbes envers les politiques sociétales progressistes.

Ce que ça pourrait changer

Le terme *cayetano* est parfois comparé à celui de *pijo*, un stéréotype espagnol désignant une personne issue de la bourgeoisie aisée, élégante et parfois perçue comme snob. Cependant, les *cayetanos* s’en distinguent par leur engagement politique marqué à droite, voire à l’extrême droite. Une journaliste de *El País*, Raquel Peláez, a exploré ce phénomène dans un livre intitulé *Quiero y no puedo* (« Je veux, mais je ne peux pas »), publié en 2024, où elle souligne que leur style de vie reflète une nostalgie pour une élégance désuète et un rejet des transformations sociétales récentes. Leur mouvement reste cependant minoritaire, même s’il gagne en visibilité dans les quartiers huppés de Madrid.

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