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Plus de 1 000 morts et encore plus de disparus : au Népal, le contrôle du Tibet par la Chine complique la prévention des crues

Science & Vie · mis à jour il y a 12 j

Une crue soudaine a ravagé, le 26 août, la zone frontalière entre le Népal et le Tibet, faisant au moins un millier de morts et de nombreux disparus. Le manque de coopération et le faible partage de données entre le Népal et la Chine (très réticente à communiquer des informations, quelles qu’elles soient, sur le Tibet) empêchent d’alerter efficacement les populations en aval.

Catastrophe frontalière

Le 26 août 2026, une crue soudaine a détruit le poste-frontière entre le Népal et la Chine, situé à Rasuwagadhi (Népal) et Gyirong (Chine). En quelques minutes, des villages, des ponts et des routes des deux côtés ont été emportés. Le bilan provisoire fait état d’au moins 1 000 morts et de nombreux disparus, dont des touristes et des pèlerins. Les zones les plus touchées, difficiles d’accès, rendent le décompte définitif incertain. Au Tibet, sous contrôle chinois, le bilan réel pourrait ne jamais être connu en raison du contrôle draconien de l’information exercé par Pékin. Cette région, autrefois autonome, a été annexée par la Chine entre 1950 et 1951 et est aujourd’hui administrée comme une zone militarisée, où l’accès est strictement réglementé.

Contexte géopolitique

Le Népal, pays pauvre frontalier du Tibet, cherche à affirmer une autonomie stratégique depuis la prise de pouvoir en mars 2026 par le gouvernement du premier ministre Balen Shah. Ce dernier tente de ne pas dépendre de ses deux grands voisins, la Chine et l’Inde, ni de leur rivalité. Cependant, la Chine exerce une pression constante sur Katmandou pour qu’il réprime le militantisme tibétain et renforce le contrôle des frontières. Le Népal abrite plus de 10 000 réfugiés tibétains et applique le principe d’une seule Chine, refusant tout soutien aux Tibétains. Malgré des relations cordiales avec Pékin, cette situation complique la gestion des risques naturels dans la région frontalière.

Manque de données critiques

Pour anticiper les inondations, les données glaciaires et hydrologiques du plateau tibétain sont essentielles. Pourtant, la Chine les considère comme stratégiquement sensibles et les garde secrètes. Le Népal ne dispose d’aucun mécanisme pour recevoir en temps réel ces informations, pourtant vitales pour prévenir les catastrophes. En 2016, lors de la rupture d’un lac glaciaire au Tibet, aucun avertissement n’a été donné, entraînant une crue en aval au Népal. Les responsables népalais ont accusé Pékin de ne pas partager ces données. Actuellement, seul un lac glaciaire transfrontalier, le Cirenmaco, est surveillé conjointement, mais ce système ne permet pas de détecter des avalanches soudaines dans des vallées non surveillées.

Défis structurels au Népal

Le Népal fait face à des défis majeurs pour prévenir les catastrophes naturelles. Son développement imprudent, marqué par la construction de routes et de barrages dans des zones fragiles, ainsi que par une urbanisation mal maîtrisée, aggrave la vulnérabilité aux inondations. De plus, son administration est touchée par la corruption et ses capacités d’alerte précoce restent insuffisantes. Lors de la crue du 26 août, les stations de surveillance népalaises situées en amont ont été emportées avant d’avoir pu envoyer un signal d’alerte. Aucun système permanent et obligatoire ne permet de transmettre des alertes en temps réel dans cette région frontalière, où l’information circule uniquement si les préoccupations sécuritaires le permettent.

Coopération limitée

La coopération entre la Chine et le Népal pour la gestion des risques naturels reste limitée et réactive. Bien que des efforts existent, comme la surveillance conjointe du lac Cirenmaco, ils ne couvrent pas les risques soudains comme les avalanches ou les effondrements de glaciers. En 2025, l’Inde a suspendu la transmission de données hydrologiques au Pakistan après un attentat terroriste, aggravant les conséquences des inondations qui ont suivi. Cette situation illustre comment les tensions géopolitiques peuvent exacerber les risques naturels. Face à ces enjeux, le changement climatique accroît les dangers liés au plateau tibétain pour les populations en aval, du Népal au Bangladesh en passant par l’Inde.

Ce que ça pourrait changer

Pour réduire le nombre de victimes des catastrophes naturelles, il est crucial de renforcer le partage transfrontalier des données et des systèmes d’alerte précoce. Le gouvernement népalais devra faire preuve d’autonomie stratégique pour prioriser la sécurité de sa population, sans subordonner ses décisions aux préoccupations sécuritaires d’un État étranger. Les inondations, tremblements de terre et autres catastrophes continueront de se produire, mais la question est de savoir si les États de la région seront capables d’améliorer leur coopération et de placer la sécurité des populations au-dessus de celle des frontières. L’Himalaya doit être considéré comme un *espace écologique partagé*, une *zone de contact* plutôt qu’un espace de conflit.

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