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Généraliste

Le jeu vidéo rencontre l’art contemporain

Le Devoir · mis à jour il y a 17 j

Le jeu vidéo se dévoile sous toutes ses formes dans l’exposition «F(r)iction : art et jeux»..

Reconnaissance artistique

Les jeux vidéo, autrefois ignorés par le milieu de l’art, sont désormais exposés dans des galeries et musées. Jusqu’au 15 novembre, la 8e Biennale Elektra présente 35 œuvres numériques sous le thème F(r)iction: art et jeux, à l’Arsenal art contemporain à Montréal. Lynn Hughes, commissaire de l’exposition et ancienne professeure d’université en peinture, souligne que depuis les années 1980, des concepteurs de jeux proposent des créations artistiques et expérimentales. Ces œuvres, issues de différents continents et générations, mêlent des profils variés : certains artistes ont une formation en art, d’autres en conception de jeux vidéo. Leur point commun est de résister aux normes pour exprimer des critiques sociales, des émotions personnelles ou des esthétiques uniques, réinventant ainsi la définition même du jeu.

Diversité des œuvres

Les jeux présentés à la Biennale Elektra offrent une grande diversité, tant par leur apparence que par leur durée ou leur thème. Certains imitent le style des jeux AAA (gros budgets commerciaux), tandis que d’autres adoptent un graphisme minimaliste. Le public peut explorer des univers variés : un jeu poétique sur le divorce, un monde post-apocalyptique, ou encore incarner une livreuse de colis. La durée de jeu varie également : certains titres se terminent en quelques minutes, d’autres nécessitent jusqu’à une heure et demie d’immersion. Toutes ces œuvres sont considérées comme des jeux d’art, car elles repoussent les limites du médium pour transmettre un message ou une expérience unique. Par exemple, VGAS-T26 de l’artiste ghanéen Afrane Makof ressemble à un jeu d’arcade rétro, mais il est constitué d’objets électroniques recyclés comme de vieilles tours d’ordinateur, créant un contraste entre nostalgie et obsolescence technologique.

Jeux comme métaphores

Plusieurs artistes utilisent le jeu vidéo comme un outil pour explorer des thèmes profonds ou des critiques sociales. Mélanie Courtinat, artiste et joueuse, crée des métajeux qui analysent les archétypes du jeu vidéo. Son œuvre Indulto compare le combat contre un boss (ennemi final dans un jeu) à une corrida, mettant en lumière la nature scriptée et déséquilibrée de ces affrontements. Laureline Chiapello, professeure à l’École NAD-Université du Québec à Chicoutimi, a conçu CLTRS, un jeu où le joueur, transformé en sphère volante, explore un univers métaphorique inspiré du clitoris, en référence au plaisir féminin. Ce jeu s’inscrit dans une démarche féministe, visant à diversifier les perspectives dans une industrie du jeu vidéo encore largement dominée par des hommes, notamment dans les postes de pouvoir.

Ce que ça pourrait changer

Les jeux d’art ont un avenir prometteur, selon Laureline Chiapello, qui souligne leur capacité à créer des mondes immersifs et à offrir des points de vue variés grâce à l’interactivité et aux graphismes. Elle observe une tendance croissante chez les jeunes à vouloir travailler dans l’industrie du jeu vidéo tout en exprimant leurs propres idées à travers leurs créations. Raphaëll Maïwen, artiste aux quarante jeux à son actif, illustre cette dynamique : il réalise des titres comme *Circle the Drain*, un jeu d’horreur critiquant Katy Perry, en quelques semaines, et les publie sur la plateforme *Itch.io*, une plateforme dédiée aux jeux indépendants. Pour permettre au public de profiter pleinement des expositions, un billet unique donne accès à un nombre illimité de visites jusqu’à la fin de l’événement. Plusieurs jeux sont également disponibles en ligne pour ceux qui souhaitent les découvrir après l’exposition.

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